Pour certains musulmans, l'Achoura rappelle le salut de Moïse face à Pharaon. Pour d'autres, elle commémore le martyre de Hussein à Karbala.
Chaque année, le dixième jour du mois de Muharram occupe une place particulière dans le calendrier musulman. Ce jour est appelé Achoura, de l'arabe ‘ashara, qui signifie « dix ». Pourtant, derrière cette date unique se cachent deux mémoires différentes, parfois méconnues du grand public.
Pour les musulmans sunnites, l'Achoura est avant tout associée à Moïse et à la délivrance des Hébreux face à Pharaon. Pour les musulmans chiites, elle évoque surtout le martyre de Hussein, petit-fils du prophète Muhammad, lors de la bataille de Karbala en 680.
Ces deux récits semblent éloignés dans le temps. Pourtant, ils partagent un même fil conducteur : la résistance face à l'injustice.
« Derrière l'Achoura se cachent deux histoires différentes, mais une même quête de justice. »
Selon plusieurs hadiths rapportés par al-Bukhari et Muslim, lorsque Muhammad arriva à Médine, il découvrit que des communautés juives jeûnaient ce jour-là.
Interrogés sur cette pratique, elles expliquèrent qu'il s'agissait du jour où Dieu avait sauvé Moïse et les enfants d'Israël de Pharaon.
Le Prophète aurait alors déclaré : « Nous sommes plus proches de Moïse qu'eux », avant d'encourager lui-même le jeûne de l'Achoura.
Pour de nombreux musulmans sunnites, cette journée reste aujourd'hui associée à la gratitude envers Dieu et au souvenir de la libération d'un peuple opprimé.
Pour les musulmans chiites, la signification principale de l'Achoura est différente.
Le 10 Muharram de l'an 680, Hussein ibn Ali, petit-fils du prophète Muhammad, est tué à Karbala avec plusieurs membres de sa famille et de ses compagnons.
Refusant de reconnaître l'autorité du calife omeyyade Yazid, qu'il considérait comme injuste, Hussein choisit de maintenir sa position malgré son infériorité numérique.
Son sacrifice est devenu l'événement fondateur de la mémoire chiite et continue d'être commémoré chaque année à travers le monde.
Le sanctuaire de Karbala, où repose Hussein, est aujourd'hui l'un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés du monde musulman.
À première vue, Moïse face à Pharaon et Hussein face à Yazid semblent appartenir à deux univers différents.
Pourtant, tous deux incarnent dans la mémoire religieuse le refus de se soumettre à un pouvoir considéré comme injuste.
Moïse défie le souverain qui prétend dominer son peuple. Hussein refuse de cautionner ce qu'il considère comme une corruption du message de l'islam.
C'est sans doute cette idée qui unit encore aujourd'hui les différentes mémoires de l'Achoura : la conviction que certaines valeurs méritent d'être défendues, même lorsque le rapport de force semble défavorable.
« Moïse et Hussein rappellent chacun à leur manière que la justice ne se mesure pas au pouvoir de ceux qui la défendent. »
Aujourd'hui, l'Achoura est vécue différemment selon les traditions musulmanes. Les pratiques, les cérémonies et les sensibilités varient parfois fortement.
Mais qu'elle évoque le salut de Moïse ou le sacrifice de Hussein, cette journée demeure marquée par une même conviction : l'histoire humaine est traversée par des combats entre justice et oppression, et les croyants sont appelés à se souvenir de celles et ceux qui ont refusé de céder face à l'injustice.
Derrière les différences théologiques, l'Achoura raconte finalement une question universelle : que sommes-nous prêts à défendre lorsque nos convictions sont mises à l'épreuve ?