Et si l'on avait retrouvé, à Troyes, le lieu où fut inhumé Rachi, l'un des plus grands maîtres de la tradition juive ? C'est l'hypothèse qui entoure les sépultures découvertes en 2021 sur le site du parking de l'Argence, en plein centre-ville, là où les historiens situent l'ancien cimetière juif médiéval.
Le jeudi 15 octobre 2026, plusieurs institutions troyennes s'associent pour une journée thématique intitulée « Rachi et le cimetière juif médiéval de Troyes » : visites d'exposition, présentation des fouilles par l'archéologue qui les a menées et conférence sur les cimetières juifs médiévaux d'Europe. Les analyses scientifiques en cours, elles, pourraient livrer leurs conclusions d'ici la fin de l'année.
Rachi et le cimetière juif médiéval
Une journée thématique organisée à Troyes le
jeudi 15 octobre 2026, de 13 h 30 à 19 h 30.
Exposition, visite du site des fouilles et conférence :
archéologues et historiens font le point sur un chantier
qui pourrait éclairer l'histoire des Juifs de Champagne
et la mémoire de Rachi.
Rachi et le cimetière juif médiéval de Troyes
Inscription obligatoire pour les visites et la présentation des fouilles.
Le maître de Troyes
Rachi est l'acronyme hébreu de Rabbi Shlomo Itzhaki. Né à Troyes en 1040, il part étudier dans les grandes écoles talmudiques de Mayence et de Worms, en Rhénanie, avant de revenir dans sa ville natale pour y fonder sa propre école. Il y meurt en 1105.
Son œuvre a traversé les siècles. Ses commentaires de la Bible hébraïque et du Talmud, d'une clarté remarquable, sont devenus une référence incontournable : aujourd'hui encore, ils sont imprimés aux côtés du texte qu'ils expliquent et étudiés dans les yeshivot du monde entier.
Rachi est aussi un témoin précieux de la langue de son temps. Pour éclairer le sens d'un mot hébreu, il recourt souvent à son équivalent en ancien français, transcrit en caractères hébraïques. Ces gloses, appelées laazim, constituent aujourd'hui une source pour les historiens de la langue française.
Deux grands
commentaires
L'héritage de Rachi repose sur deux ensembles de commentaires, devenus des classiques de l'étude juive.
Expliquer le texte
Un commentaire suivi de la Torah et de la plupart des livres bibliques, qui cherche avant tout le sens littéral tout en puisant dans la tradition rabbinique.
Rendre accessible l'étude
Un commentaire ligne à ligne du Talmud de Babylone, qui en éclaire le vocabulaire et les raisonnements et en a facilité l'étude pour des générations.
Un cimetière sous un parking
Le lieu de sépulture de Rachi n'a jamais été localisé avec certitude. L'ancien cimetière juif de Troyes, situé selon la tradition entre l'actuelle médiathèque Jacques-Chirac et le théâtre de Champagne, a disparu au fil des agrandissements de la ville, emportant avec lui la tombe du maître.
En 2021, un diagnostic archéologique conduit par l'Inrap sur le parking de l'Argence, rue Louis-Mony, a mis au jour plusieurs sépultures. Leur emplacement correspond précisément à celui que l'on attribue à l'ancien cimetière juif.
Les tombes ont été datées d'une période allant du Xe au XVIIe siècle. Une fourchette large, mais qui englobe l'époque de Rachi et l'âge d'or de la communauté juive de Champagne, avant les expulsions qui frappent les Juifs du royaume de France au XIVe siècle.
Les sépultures découvertes en 2021 se trouvent à l'emplacement présumé de l'ancien cimetière juif de Troyes, où Rachi aurait été inhumé en 1105.
Ce que l'ADN pourrait révéler
Les ossements font désormais l'objet de nouvelles analyses dans le cadre de Genetic Legacies, un programme de recherche international piloté par l'université d'Utrecht (Pays-Bas) et la Harvard Medical School (États-Unis), sous la direction de l'historien Leonard Rutgers et du généticien David Reich.
Ce programme utilise l'archéogénétique pour retracer l'histoire des minorités de la diaspora en Europe. En 2022, il s'était fait connaître par une étude remarquée sur le cimetière juif médiéval d'Erfurt, en Allemagne, qui avait permis de mieux comprendre les origines des Juifs ashkénazes.
À Troyes, les résultats sont attendus d'ici la fin de l'année 2026. Ils pourraient confirmer la nature juive et l'ancienneté de ces sépultures.
Si les hypothèses se confirment, Troyes abriterait le plus ancien cimetière juif connu en France, et très probablement le lieu où repose Rachi.
D'après les organisateurs de la journée thématique · Octobre 2026
Le programme de la journée
La journée est organisée par le GIP Rachi avec les Archives départementales de l'Aube, l'Inrap, l'Institut universitaire et culturel européen Rachi et la médiathèque Jacques-Chirac. L'entrée est libre, mais l'inscription est obligatoire pour les visites et la présentation des fouilles, les places étant limitées.
Jeudi 15 octobre
De 13 h 30 à 19 h 30, entre l'Institut Rachi, le parking de l'Argence et la médiathèque Jacques-Chirac.
13 h 30 et 15 h · Visites guidées de l'exposition « Les Juifs de Champagne au cœur de la vie médiévale » par sa commissaire, Delphine Yagüe, à l'Institut Rachi.
17 h · Retour sur le diagnostic de 2021 par Michel Kasprzyk, archéologue à l'Inrap et responsable de l'opération, au parking de l'Argence.
18 h · Conférence de Philippe Blanchard (Inrap) sur les cimetières juifs médiévaux en Europe et les apports des différentes approches archéologiques.
Jusqu'au 22 octobre · L'exposition reste visible à l'Institut Rachi, 2 rue Brunneval.
Une occasion rare d'entendre les archéologues présenter eux-mêmes le chantier.
La conférence de 18 h s'inscrit dans le cycle de l'année culturelle 2026 du Département de l'Aube, « Passavant le meilleur ! La Champagne au temps des comtes », consacrée à l'âge d'or médiéval de la région.
Troyes, ville de Rachi
La présence juive à Troyes est attestée dès le Moyen Âge central. La communauté vivait notamment dans le quartier Saint-Frobert, autour de l'actuelle rue Hennequin, que l'on appelait « la Juiverie » ou « la Broce-aux-Juifs ». Il ne s'agissait pas d'un ghetto : Juifs et chrétiens y vivaient côte à côte.
Aujourd'hui, la ville cultive la mémoire de son plus illustre enfant. L'Institut universitaire et culturel européen Rachi, fondé en 1990 à l'initiative du grand rabbin René-Samuel Sirat et de Robert Galley, y développe l'enseignement et la recherche en études juives. Juste en face, la Maison Rachi, ouverte en 2017 dans l'espace de la synagogue, propose une exposition permanente sur Rachi et les Juifs de Troyes au Moyen Âge.
Non loin du site de l'ancien cimetière, un monument en forme de sphère, le mémorial Rachi, rend hommage au savant devant le théâtre de Champagne.
« Sous un parking, peut-être la tombe de Rachi. »
Près de mille ans après sa mort, Rachi pourrait ainsi retrouver un lieu de mémoire précis dans sa ville. Réponse attendue dans les prochains mois, lorsque la science aura parlé.
Rachi et le cimetière juif de Troyes
L'essentiel à savoir sur les découvertes du parking de l'Argence.
Qui était Rachi ?
Rabbi Shlomo Itzhaki, dit Rachi (1040-1105), est un rabbin né et mort à Troyes. Ses commentaires de la Bible hébraïque et du Talmud font encore autorité aujourd'hui dans l'étude juive.
Qu'a-t-on découvert à Troyes ?
En 2021, un diagnostic de l'Inrap sur le parking de l'Argence, rue Louis-Mony, a révélé plusieurs sépultures datées du Xe au XVIIe siècle, à l'emplacement présumé de l'ancien cimetière juif.
A-t-on retrouvé la tombe de Rachi ?
Pas à ce stade. Il s'agit d'une hypothèse : si elle se confirme, le site pourrait être le lieu d'inhumation de Rachi et le plus ancien cimetière juif connu en France.
Quand connaîtra-t-on les résultats ?
Les analyses menées dans le cadre du programme international Genetic Legacies, piloté par l'université d'Utrecht et la Harvard Medical School, pourraient aboutir d'ici la fin de l'année 2026.
Où découvrir l'histoire de Rachi à Troyes ?
À la Maison Rachi et à l'Institut universitaire et culturel européen Rachi, rue Brunneval, où l'exposition « Les Juifs de Champagne au cœur de la vie médiévale » est présentée jusqu'au 22 octobre 2026.
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