L'Aid El Adha : la fête du sacrifice -

Religion • Islam • Pratiques religieuses

L’Aïd
el-Adha

La fête du sacrifice entre foi, transmission et débats contemporains.

Une fête célébrée
dans le monde entier
Mosquée et célébration de l’Aïd
عيد الأضحى

Une fête centrale dans l’islam

Chaque année, des millions de musulmans célèbrent l’Aïd el-Adha, souvent appelée « fête du sacrifice ». Cette célébration religieuse compte parmi les moments les plus importants du calendrier musulman.

Au-delà des représentations parfois réduites au seul sacrifice animal, cette fête commémore avant tout un épisode fondateur lié à la foi, à l’obéissance à Dieu et au partage.

Dans de nombreux pays, l’Aïd el-Adha est aussi un temps fort collectif marqué par les prières, les rassemblements familiaux et les gestes de solidarité envers les personnes dans le besoin.

« L’Aïd el-Adha commémore avant tout une épreuve de foi et de confiance en Dieu. »

Le récit d’Ibrahim dans le Coran

L’origine de l’Aïd el-Adha se trouve dans un récit majeur de la tradition islamique, évoqué dans le Coran à propos du prophète Ibrahim (Abraham). Cet épisode apparaît principalement dans la sourate As-Saffât (« Les Rangés »), aux versets 100 à 111.

Selon le récit coranique, Ibrahim adresse d’abord une prière à Dieu afin d’obtenir une descendance :

« Seigneur, fais-moi don d’un fils parmi les vertueux. »

Coran, sourate 37, verset 100

Dieu lui annonce alors la naissance d’un fils décrit comme « doux » et patient. Plus tard, lorsque l’enfant atteint l’âge de l’accompagner dans ses activités, Ibrahim voit en rêve qu’il doit le sacrifier.

Dans la tradition islamique, le rêve des prophètes est considéré comme une révélation divine. Ibrahim comprend donc cette vision comme un ordre venant de Dieu.

« Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses. »

Coran, sourate 37, verset 102

Le fils accepte alors cette épreuve avec confiance et soumission à Dieu :

« Ô mon père, fais ce qui t’est commandé. Tu me trouveras, si Dieu le veut, parmi les endurants. »

Coran, sourate 37, verset 102

Le Coran décrit ensuite le moment où père et fils se soumettent à cette décision divine. Mais au moment du sacrifice, Dieu intervient et remplace l’enfant par une autre victime sacrificielle.

« Nous le rançonnâmes alors par une immense victime sacrificielle. »

Coran, sourate 37, verset 107

Dans l’islam, cet épisode est interprété comme une épreuve de foi, de confiance et d’obéissance à Dieu. Le sacrifice animal pratiqué lors de l’Aïd el-Adha fait mémoire de cet événement symbolique.

Contrairement à certaines idées reçues, le cœur du récit n’est pas la violence du sacrifice lui-même, mais l’intention spirituelle d’Ibrahim et sa fidélité à Dieu.

La tradition musulmane associe généralement cet épisode à Ismaël, fils d’Ibrahim, même si le Coran ne mentionne pas explicitement le nom de l’enfant dans ce passage. Cette question a longtemps fait l’objet de débats parmi les savants musulmans.

Cette épreuve symbolise une démonstration de foi absolue et d’obéissance à Dieu. Au moment du sacrifice, l’enfant est finalement remplacé par un animal, mettant fin à l’épreuve.

Cet épisode devient alors un symbole durable dans l’islam et constitue le fondement religieux de l’Aïd el-Adha.

Le récit du sacrifice
  • Une épreuve de foi : Ibrahim reçoit l’ordre de sacrifier son fils.
  • L’acceptation : père et fils acceptent ensemble cette épreuve.
  • L’intervention divine : Dieu remplace finalement l’enfant par un animal.
  • Un symbole durable : cet épisode devient le fondement spirituel de l’Aïd el-Adha.

Une pratique strictement encadrée en France

En France, le sacrifice rituel pratiqué à l’occasion de l’Aïd el-Adha ne peut pas être réalisé librement chez soi ou dans un lieu non autorisé. Le droit français impose que tout abattage destiné à la consommation soit effectué dans un établissement agréé.

Cette règle s’appuie notamment sur le Code rural et de la pêche maritime, ainsi que sur le règlement européen n°1099/2009 relatif à la protection des animaux au moment de leur mise à mort. En principe, les animaux doivent être étourdis avant l’abattage.

Toutefois, une dérogation existe pour l’abattage rituel lorsque l’étourdissement est jugé incompatible avec certaines prescriptions religieuses. Cette exception est prévue par l’article R.214-70 du Code rural et encadrée par les articles R.214-73 à R.214-75.

Ce que prévoit la loi
  • Le sacrifice rituel doit être réalisé dans un abattoir agréé.
  • Les sacrificateurs doivent être habilités par des organismes religieux agréés par l’État.
  • Les animaux doivent être immobilisés selon des procédures précises.
  • Les établissements doivent obtenir une autorisation préfectorale pour pratiquer l’abattage rituel sans étourdissement préalable.

Concrètement, de nombreux fidèles passent aujourd’hui par des boucheries habilitées, des associations spécialisées ou délèguent le sacrifice dans d’autres pays.

Réaliser un sacrifice en dehors d’un abattoir agréé constitue une infraction pénale. Le Code rural prévoit jusqu’à six mois d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende pour un abattage clandestin.

Chaque année, l’Aïd el-Adha relance ainsi des débats autour de la liberté religieuse, du bien-être animal et de la place des pratiques religieuses dans l’espace public français.

Une fête souvent mal comprise

L’Aïd el-Adha suscite parfois des critiques ou des incompréhensions, notamment autour de la question du sacrifice animal.

Pourtant, réduire cette fête à cet aspect ne permet pas d’en comprendre la portée religieuse et sociale. Dans la tradition musulmane, le sacrifice renvoie avant tout à une intention spirituelle : il commémore l’épreuve d’Ibrahim et symbolise la foi, l’obéissance à Dieu et le détachement matériel.

La viande issue du sacrifice n’est pas destinée à être gaspillée. Elle est consommée lors des repas de fête, partagée avec les proches et redistribuée en partie aux personnes les plus modestes. Cette dimension de solidarité occupe une place centrale dans la célébration.

Le rite lui-même est également encadré par des règles religieuses précises visant à limiter au maximum la souffrance animale. Dans la tradition islamique, l’animal doit être traité avec respect, nourri correctement et ne pas être exposé inutilement à la peur ou à la douleur avant l’abattage.

Pour de nombreux musulmans, l’Aïd el-Adha ne se résume donc pas à un sacrifice animal, mais constitue un moment mêlant spiritualité, transmission familiale, repas collectifs et solidarité envers les plus démunis.

Texte source

« À chaque communauté, Nous avons assigné un rite sacrificiel, afin qu'ils prononcent le nom d'Allah sur la bête de cheptel qu'Il leur a attribuée. »

Coran, sourate 22, verset 34

Mots à connaître

Aïd al-Adha
عيد الأضحى
Fête du sacrifice célébrée par les musulmans.
Qurbani
قرباني
Le sacrifice rituel réalisé en mémoire de l’épreuve d’Ibrahim.
Ibrahim
إبراهيم
Prophète majeur dans l’islam, associé au récit du sacrifice. C'est la transcription arabe du prénom Abraham.
Hajj
حج
Pèlerinage à La Mecque, l'un des cinq piliers de l'islam..
Barbara Moullan
Barbara Moullan
Directrice de publication • ILETAIT1FOI