Posée aux candidats du baccalauréat en Martinique, cette question invite à réfléchir à l'une des plus anciennes interrogations de l'humanité : les religions sont-elles une étape de l'histoire ou une dimension permanente de l'expérience humaine ?
Chaque année, les sujets de philosophie du baccalauréat invitent les élèves à réfléchir à de grandes questions humaines. Mais certains thèmes résonnent particulièrement avec les débats de leur époque. En Martinique, lors de la session 2026, les candidats de la voie générale ont notamment dû se demander : « Peut-on concevoir une humanité sans religion ? »
Derrière cette formulation se cache une interrogation vieille de plusieurs siècles. Les religions sont-elles une simple étape de l'histoire humaine appelée à disparaître ? Ou constituent-elles au contraire une dimension permanente de l'existence humaine, quelles que soient les époques et les cultures ?
Ce sujet est d'autant plus intéressant qu'il ne demande pas aux élèves de défendre ou de critiquer une religion particulière. Il les invite à réfléchir au phénomène religieux lui-même : son rôle, sa place dans les sociétés et son éventuel avenir.
« Peut-on imaginer une humanité sans religion alors qu'aucune civilisation connue n'a réellement vécu sans croyances ? »
En quelques mots seulement, cette question ouvre un immense champ de réflexion mêlant histoire, anthropologie, sociologie, philosophie et étude des religions.
Depuis les premières traces archéologiques connues, les êtres humains semblent avoir développé des formes de spiritualité ou de croyance. Des sépultures préhistoriques aux grands sanctuaires de l'Antiquité, l'histoire montre que les sociétés humaines ont presque toujours cherché à donner un sens à la vie, à la mort et à ce qui les dépasse.
Les religions ont rempli de nombreuses fonctions. Elles ont permis de transmettre des récits fondateurs, de créer du lien social, de structurer des communautés et d'apporter des réponses aux grandes interrogations existentielles.
Pour certains penseurs, cette permanence du religieux suggère qu'il répond à un besoin profondément humain. Pour d'autres, elle reflète surtout un stade historique qui pourrait un jour être dépassé.
Quelle que soit la réponse apportée, une chose est certaine : le fait religieux constitue l'un des phénomènes les plus constants de l'histoire humaine.
Les sociétés contemporaines connaissent une baisse de la pratique religieuse dans plusieurs pays occidentaux. Pourtant, cette évolution signifie-t-elle nécessairement la disparition des croyances ?
De nombreux observateurs soulignent que lorsque les religions traditionnelles perdent de leur influence, d'autres formes d'engagement ou de spiritualité apparaissent. Certains se tournent vers des philosophies de vie, d'autres vers des causes politiques, environnementales ou identitaires qui donnent un sens à leur existence.
Cette observation nourrit l'un des grands débats philosophiques contemporains : ce qui disparaît est-il réellement le besoin de croire ou seulement certaines formes historiques de religion ?
« Une humanité sans religion est peut-être concevable. Une humanité sans quête de sens l'est beaucoup moins. »
Cette distinction est essentielle. Une société peut devenir plus sécularisée sans pour autant cesser de chercher des valeurs, des idéaux ou des réponses aux grandes questions de l'existence.
Un autre aspect de cette épreuve mérite l'attention. Cette question sur la religion a été proposée aux candidats de Martinique, tandis que les lycéens de l'Hexagone travaillaient sur d'autres sujets.
Cette différence peut surprendre à une époque où les débats autour de la religion, de la laïcité ou de la place des convictions dans l'espace public occupent régulièrement l'actualité française.
Certains se demanderont peut-être si un tel sujet aurait suscité davantage de réactions médiatiques ou politiques s'il avait été proposé à l'ensemble des candidats du baccalauréat en métropole.
La question mérite d'être posée, mais elle ne doit pas faire oublier la nature même de l'exercice philosophique. Un sujet de philosophie n'est pas une prise de position. Il ne demande pas d'approuver ou de rejeter une idée ; il invite à l'examiner avec rigueur.
C'est précisément cette capacité à envisager plusieurs réponses qui constitue le cœur de la démarche philosophique.
Le sujet présente également un intérêt particulier pour l'étude du fait religieux. Judaïsme, christianisme, islam, hindouisme, bouddhisme ou autres traditions spirituelles proposent chacun une compréhension spécifique de l'être humain et de sa place dans le monde.
Pourtant, au-delà de leurs différences, ces traditions partagent souvent une même intuition : l'être humain ne se réduit pas à ses seuls besoins matériels et cherche naturellement à donner un sens à son existence.
Cette recherche de sens explique sans doute pourquoi la question religieuse continue d'intéresser les philosophes, les sociologues et les historiens, même dans des sociétés où la pratique religieuse recule.
« En philosophie, la question n'est pas seulement de savoir si les religions existent, mais pourquoi elles existent. »
Derrière ce sujet du baccalauréat se cache finalement l'une des plus anciennes interrogations de l'humanité. Peut-on imaginer un monde où les religions auraient totalement disparu ? Certains philosophes répondent oui. D'autres considèrent que le besoin de transcendance, de sens ou de spiritualité continuera toujours à s'exprimer sous une forme ou sous une autre.
Le fait que cette question ait été proposée à des lycéens rappelle que le rôle des religions demeure un sujet de réflexion majeur, bien au-delà des débats d'actualité.
Qu'on soit croyant, agnostique ou athée, il est difficile de nier que les religions ont profondément façonné l'histoire des sociétés humaines. Comprendre cette réalité ne consiste pas à prendre parti, mais à mieux saisir l'une des dimensions les plus universelles de l'expérience humaine.
Peut-être est-ce précisément ce que cherchait ce sujet de philosophie : inviter les élèves à dépasser leurs convictions personnelles pour réfléchir à une question qui continue, aujourd'hui encore, de traverser les générations et les civilisations.