La mission qui donna naissance à San Francisco -
Mission San Francisco de Asís
Histoire • Christianisme • Peuples autochtones

La mission
qui donna
naissance à
San Francisco

Le 29 juin 1776, les franciscains fondent la Mission San Francisco de Asís sur les terres des Ohlone. Un événement majeur de l'histoire religieuse… mais aussi le début d'une profonde rupture pour les peuples autochtones.

29 juin 1776
Mission San Francisco de Asís

Une mission avant une ville

Le 29 juin 1776, jour de la fête des saints Pierre et Paul, le franciscain espagnol Francisco Palóu célèbre une messe sur les rives de la lagune des Dolores, dans l'actuelle Californie. Avec le père Pedro Cambón, il fonde la Mission San Francisco de Asís sous l'autorité de Junípero Serra.

Contrairement à une idée largement répandue, Francisco Palóu n'a pas fondé directement la ville de San Francisco. Il établit une mission religieuse destinée à évangéliser les populations locales. À proximité, le lieutenant José Joaquín Moraga construit simultanément un presidio, un fort militaire chargé d'assurer la présence de la Couronne espagnole dans la baie.

C'est de ces deux établissements – la mission et le presidio – que naîtra progressivement la future ville de San Francisco.

« Avant d'être une métropole américaine, San Francisco est d'abord une mission franciscaine. »

Pourquoi San Francisco s'appelle-t-elle « San Francisco » ?
La Mission San Francisco de Asís
Fondée le 29 juin 1776, elle est dédiée à saint François d'Assise. Elle sera rapidement surnommée Mission Dolores, en référence au ruisseau voisin, l'Arroyo de Nuestra Señora de los Dolores.
Le Presidio de San Francisco
Construit presque au même moment par les militaires espagnols, il protège l'entrée de la baie et affirme la souveraineté de l'Espagne sur la région.
La ville de San Francisco
Elle n'existe pas encore en 1776. Elle se développe progressivement autour de la mission et du presidio avant de connaître une croissance spectaculaire après la ruée vers l'or de 1848.
Pourquoi "San Francisco" ?
Le nom rend hommage à saint François d'Assise, fondateur de l'ordre franciscain auquel appartiennent les missionnaires espagnols.

Sur les terres ancestrales des Ohlone

La mission n'est cependant pas fondée sur un territoire inhabité. Depuis des siècles, la baie de San Francisco est occupée par différents groupes du peuple ohlone, notamment les Yelamu. Ces communautés vivent de la pêche, de la chasse et de la cueillette et entretiennent une relation étroite avec leur environnement.

Pour les missionnaires espagnols, l'objectif est double : annoncer le christianisme et intégrer les populations autochtones au système colonial espagnol. Les baptêmes se multiplient progressivement, souvent dans un contexte où les possibilités de retour à la vie traditionnelle deviennent limitées.

Premier baptême connu

Le premier baptême d'un adulte ohlone recensé à la mission a lieu le 24 juin 1777. Chamis reçoit le prénom chrétien de Francisco, tandis que José Joaquín Moraga devient son parrain.

Une histoire aussi marquée par les violences coloniales

Aujourd'hui, les historiens s'accordent à reconnaître que le système des missions californiennes a profondément bouleversé les sociétés autochtones. Les conversions s'accompagnent souvent d'une sédentarisation forcée, d'un contrôle du travail et d'une rupture avec les modes de vie traditionnels.

À ces transformations s'ajoutent les maladies introduites par les Européens — notamment la rougeole et la variole — auxquelles les populations autochtones ne possèdent aucune immunité. En quelques décennies, la population ohlone s'effondre.

Le cimetière de la Mission Dolores renferme aujourd'hui plusieurs milliers de sépultures autochtones, dont une grande partie ne sont pas identifiées individuellement.

« L'histoire de la Mission San Francisco de Asís est celle d'une rencontre religieuse, mais aussi d'une conquête coloniale. »

Un héritage toujours vivant

Connue aujourd'hui sous le nom de Mission Dolores, la Mission San Francisco de Asís est le plus ancien bâtiment conservé de San Francisco. Son église en adobe a résisté au séisme de 1906 et demeure un lieu de culte actif.

Le site cherche également à mieux reconnaître l'histoire des peuples autochtones. On y trouve notamment un jardin ethnobotanique consacré aux savoirs ohlone, ainsi que des œuvres réalisées par des artistes autochtones au XVIIIᵉ siècle.

Cette double mémoire illustre toute la complexité de l'histoire : la mission constitue un jalon majeur de l'implantation du christianisme en Californie tout en rappelant les conséquences parfois dramatiques de la colonisation espagnole sur les peuples autochtones.

Une histoire à regarder dans toute sa complexité

Réduire le 29 juin 1776 à la simple « naissance de San Francisco » serait oublier une partie essentielle de cette histoire. La fondation de la Mission San Francisco de Asís marque à la fois le début d'une présence chrétienne durable sur la baie et l'ouverture d'une période de profondes transformations pour les Ohlone.

Comprendre cet héritage suppose de tenir ensemble ces deux réalités : reconnaître l'importance historique de la mission franciscaine tout en donnant toute leur place aux voix et à la mémoire des peuples autochtones qui vivaient déjà sur ces terres.

Aujourd'hui, les Ohlone existent toujours

Contrairement à une idée répandue, les Ohlone n'ont pas disparu. Plusieurs communautés vivent encore dans la baie de San Francisco et œuvrent à la préservation de leur langue, de leurs traditions et de leur mémoire.

Depuis plusieurs années, des représentants ohlone demandent une meilleure reconnaissance de leur histoire, notamment sur les sites des anciennes missions espagnoles. Cette démarche ne vise pas à effacer le patrimoine religieux, mais à raconter une histoire plus complète, intégrant aussi le point de vue des peuples autochtones.

La Mission Dolores elle-même participe aujourd'hui à ce travail de mémoire en mettant davantage en valeur l'héritage ohlone et les œuvres réalisées par des artistes autochtones au XVIIIe siècle.

Barbara Moullan
Barbara Moullan
Directrice de publication • ILETAIT1FOI