Le 8 juin 1794, des milliers de Français participent à la fête de l’Être suprême. Une cérémonie voulue par Robespierre pour célébrer une nouvelle religion civique.
Le 8 juin 1794, la France révolutionnaire célèbre une fête inédite : la fête de l’Être suprême. Derrière cette cérémonie se trouve Maximilien Robespierre, alors l’une des figures les plus influentes du gouvernement révolutionnaire.
Quelques semaines plus tôt, le 7 mai 1794 (18 floréal an II), la Convention adopte un décret présenté par Robespierre. Son premier article affirme que « le peuple français reconnaît l’existence de l’Être suprême et l’immortalité de l’âme ».
Cette décision intervient dans un contexte particulier. Depuis plusieurs mois, la Révolution connaît un vaste mouvement de déchristianisation. Des églises sont fermées, certains symboles religieux sont retirés et plusieurs révolutionnaires défendent ouvertement l’athéisme.
« Le peuple français reconnaît l’existence de l’Être suprême et l’immortalité de l’âme. »
Robespierre refuse pourtant cette orientation. Il considère qu’une société a besoin de principes moraux communs et qu’elle ne peut reposer sur l’athéisme.
Le culte de l’Être suprême n’est ni une nouvelle Église ni une religion traditionnelle. Il s’agit d’une forme de religion civique inspirée des idées des Lumières et notamment de Jean-Jacques Rousseau.
Le décret ne fait référence ni à Jésus, ni à l’Évangile, ni à une révélation particulière. Il affirme simplement l’existence d’un principe supérieur créateur ainsi que l’immortalité de l’âme.
Pour Robespierre, le véritable culte rendu à cet Être suprême consiste avant tout dans la pratique des devoirs moraux et des vertus civiques.
Le 20 prairial an II, correspondant au 8 juin 1794, est choisi pour inaugurer officiellement ce nouveau culte.
À Paris, la cérémonie est organisée par l’artiste Jacques-Louis David. Les festivités débutent aux Tuileries avant qu’une immense procession ne se dirige vers le Champ-de-Mars.
Au cours de la cérémonie, Robespierre prononce plusieurs discours. Un bûcher symbolisant l’athéisme est embrasé et laisse apparaître une représentation de la Sagesse. Au Champ-de-Mars, les participants se rassemblent autour d’une montagne artificielle dominée par un arbre de la Liberté.
Des milliers de personnes participent à une cérémonie pensée comme la première grande fête du nouveau culte.
Des célébrations similaires sont organisées dans de nombreuses communes françaises conformément aux instructions de la Convention.
La fête impressionne par son ampleur mais suscite également des critiques. Certains contemporains estiment que Robespierre occupe une place trop centrale dans la cérémonie.
Sa présence en tête du cortège et les discours qu’il prononce alimentent les moqueries de plusieurs adversaires politiques qui l’accusent de vouloir imposer sa propre vision de la religion.
Cette perception contribue à renforcer les tensions déjà existantes au sein du gouvernement révolutionnaire.
Malgré le faste de la cérémonie, le culte de l’Être suprême ne s’impose jamais durablement dans la société française.
Moins de deux mois après la fête, Robespierre est renversé lors des événements de Thermidor puis exécuté le 28 juillet 1794.
Avec sa chute disparaît également le projet religieux qu’il avait porté. Les fêtes prévues par le décret continuent quelque temps mais le culte perd rapidement son importance politique.
La fête de l’Être suprême reste l’un des exemples les plus célèbres de tentative de création d’une religion civique par un État moderne.
Le 8 juin 1794, la Révolution française organise l’une de ses cérémonies les plus spectaculaires. Alors même qu’elle combat l’influence de l’Église catholique, elle affirme publiquement l’existence d’un Être suprême et de l’immortalité de l’âme.
L’épisode illustre une réalité souvent oubliée : la Révolution n’a pas seulement cherché à transformer les institutions politiques. Elle a aussi tenté de redéfinir la place du religieux dans la société française.