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Pourquoi l’Albanie fut l’un des vainqueurs moraux de la guerre
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Albanie fut le seul pays d’Europe où la population juive augmenta. Des familles musulmanes et chrétiennes y cachèrent des Juifs au nom d’un ancien code d’honneur : la Besa.
Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule. En Europe, les cloches sonnent, les foules descendent dans les rues et la guerre prend officiellement fin sur le continent.
Mais derrière les images de liesse et les célébrations militaires, une autre victoire se dessine : celle de femmes et d’hommes ordinaires qui, au cœur de la barbarie, choisirent de protéger des vies humaines.
Et parmi eux, un petit pays des Balkans allait devenir un cas presque unique dans toute l’Europe : l’Albanie.
Avant la Seconde Guerre mondiale, l’Albanie comptait seulement quelques centaines de Juifs. Mais lorsque les persécutions nazies s’intensifient, des familles juives venues d’Allemagne, d’Autriche ou de Yougoslavie cherchent refuge dans les Balkans.
Alors que partout en Europe les communautés juives sont traquées, arrêtées et déportées, l’Albanie suit une trajectoire totalement différente.
À la fin de la guerre, il y avait davantage de Juifs en Albanie qu’avant le conflit.
Des musulmans, des chrétiens et parfois des familles non pratiquantes cachent alors des Juifs dans leurs maisons, leurs fermes ou leurs villages. Certains fournissent de faux papiers. D’autres font passer les réfugiés pour des membres de leur propre famille.
Pour comprendre cette mobilisation, il faut évoquer une notion profondément ancrée dans la culture albanaise : la Besa.
La Besa est un ancien code d’honneur fondé sur la parole donnée, la protection de l’invité et le devoir moral d’aider une personne en danger.
Dans de nombreux témoignages recueillis après-guerre, des familles albanaises expliquent avoir considéré comme naturel de protéger les Juifs qu’elles accueillaient.
Pour elles, livrer un réfugié aurait été une honte plus grave encore que le danger encouru.
Après la guerre, plusieurs Albanais ont été reconnus comme » Justes parmi les Nations” par Yad Vashem, le mémorial officiel de la Shoah en Israël.
Ce titre est attribué aux non-Juifs ayant sauvé des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale au péril de leur vie.
Parmi eux figure notamment la famille Veseli.
Refik Veseli n’avait que 17 ans lorsqu’il aida à cacher une famille juive. Musulman, il expliquera plus tard qu’il était impossible, selon les traditions de son pays et les valeurs de l'Islam, de remettre des réfugiés aux nazis.
« Nous étions tous des êtres humains. Les sauver était notre devoir. »
Aujourd’hui encore, son histoire est régulièrement citée comme un exemple de solidarité interreligieuse pendant la Shoah.
Le 8 mai 1945 reste évidemment la victoire militaire des Alliés contre le nazisme. Mais cette date peut aussi être l’occasion de rappeler une autre vérité : au milieu de l’effondrement moral de l’Europe, certains ont refusé de céder à la haine.
L’histoire de l’Albanie ne fait pas disparaître les horreurs de la guerre. Elle rappelle simplement qu’au cœur même de la Shoah, des hommes et des femmes ont choisi la protection plutôt que la dénonciation, l’accueil plutôt que l’indifférence.
Et peut-être est-ce là l’une des plus grandes victoires du 8 mai 1945.
🕍 1939 : Début de la Seconde Guerre mondiale en Europe et occupation de l’Albanie par l’Italie fasciste
⚔️ 1943 : Occupation allemande de l’Albanie après la chute de l’Italie
🕊️ 1941–1944 : Des familles albanaises protègent des Juifs au nom de la Besa
🏁 8 mai 1945 : Capitulation de l’Allemagne nazie et fin de la guerre en Europe
🏅 Années 1990–2000 : Reconnaissance de plusieurs Albanais comme « Justes parmi les Nations » par Yad Vashem