C'est un chiffre qui a marqué la campagne présidentielle : d'après un sondage Ifop réalisé pour Marianne, 46 % des musulmans de France envisageraient de quitter le pays si Marine Le Pen remportait l'élection.
Invitée à réagir sur CNews, puis dans un message publié le 15 octobre 2026 sur le réseau X, la candidate du Rassemblement national a voulu rassurer. Elle affirme que l'islam est compatible avec la République et que les musulmans n'ont rien à craindre d'elle, tout en maintenant une ligne ferme contre ce qu'elle désigne comme la volonté d'imposer la charia, et sa proposition d'interdire le voile dans l'espace public.
Le chiffre qui a fait réagir
L'enquête, publiée par Marianne à quelques mois de l'élection présidentielle, se penche sur les tensions liées à la visibilité religieuse et aux discriminations dans la société française. L'un de ses résultats a particulièrement retenu l'attention : près d'un musulman interrogé sur deux dit envisager un départ de France en cas de victoire de la candidate du RN.
Envisager n'est pas décider, et ce type de réponse traduit avant tout un état d'esprit. Mais l'ampleur du chiffre en dit long sur l'inquiétude d'une partie des musulmans de France face à la perspective d'une présidence Le Pen.
46 % des musulmans interrogés par l'Ifop pour Marianne envisageraient de quitter la France si Marine Le Pen était élue présidente.
La réponse de Marine Le Pen
Interrogée sur ce sondage, Marine Le Pen a choisi de répondre directement aux musulmans. Elle assure avoir déjà affirmé à de nombreuses reprises que l'islam pouvait s'inscrire dans le cadre républicain, et réfute l'idée qu'elle les considérerait comme une menace.
Oui, l'islam est compatible avec la République, je l'ai dit dix fois. En revanche, ceux qui cherchent à imposer la charia en France me trouveront sur leur chemin. Les musulmans, eux, n'ont aucune raison de s'inquiéter.
Marine Le Pen · Message publié sur X · 15 octobre 2026
Le message se veut apaisant, mais il est aussi construit comme une mise en garde : la candidate y oppose les fidèles musulmans, à qui elle s'adresse sur un ton rassurant, à ceux qui chercheraient à faire prévaloir des règles religieuses sur les lois de la République.
L'islam d'un côté, la charia de l'autre
Le mot charia, souvent traduit par « loi islamique », désigne en arabe la « voie » à suivre : l'ensemble des normes religieuses, morales et juridiques tirées du Coran et de la tradition prophétique. Son interprétation varie considérablement selon les écoles, les pays et les époques, de la simple pratique personnelle (prière, jeûne, alimentation) jusqu'aux codes pénaux de certains États.
C'est sur cette distinction que Marine Le Pen bâtit sa réponse. Elle se présente comme ne s'en prenant pas à une religion, mais à une volonté politique d'imposer des normes religieuses à la société.
Une ligne
de partage
La candidate distingue deux réalités qu'elle refuse, dit-elle, de confondre.
La pratique de l'islam
Une religion qu'elle juge compatible avec la République, et des fidèles qui, selon elle, n'ont pas à s'inquiéter.
L'imposition de la charia
Toute tentative de faire primer des règles religieuses sur la loi commune, qu'elle promet de combattre.
Le voile, marqueur de campagne
Ce discours d'apaisement ne s'accompagne d'aucun changement de programme. Quelques semaines plus tôt, Marine Le Pen avait réaffirmé sa volonté d'interdire le port du voile dans l'espace public, et proposé de soumettre cette mesure aux Français par référendum. L'encadrement du foulard reste ainsi l'un des piliers de son projet en matière de laïcité et d'islam.
C'est sans doute là que se situe l'essentiel de l'inquiétude exprimée dans le sondage. Pour de nombreuses musulmanes, le foulard relève d'une pratique religieuse personnelle, et une telle interdiction irait bien au-delà des règles en vigueur aujourd'hui.
Ce que dit
la loi aujourd'hui
En France, le foulard n'est pas interdit dans la rue. Seuls certains lieux et certaines fonctions sont concernés.
Rassurer sans reculer
La séquence illustre l'équilibre que cherche la candidate du RN : apparaître rassurante auprès d'électeurs inquiets, sans renoncer aux mesures qui structurent son discours sur l'islam et la laïcité.
Pour ses soutiens, distinguer l'islam de l'islamisme est une position claire et cohérente. Pour ses opposants, l'interdiction du voile dans l'espace public viserait concrètement des musulmanes dans leur pratique quotidienne, ce qui rendrait fragile la promesse selon laquelle les musulmans n'auraient « aucune raison de s'inquiéter ».
« Les musulmans, eux, n'ont aucune raison de s'inquiéter. »
Reste à savoir si ce message suffira à convaincre celles et ceux qui, selon le sondage, envisagent déjà de faire leurs valises. Jusqu'à l'élection, la place de l'islam et du voile dans la société française devrait rester au cœur du débat.
Marine Le Pen, l'islam et le voile
L'essentiel à savoir sur la réponse de la candidate du RN au sondage Ifop.
Que dit le sondage Ifop pour Marianne ?
Selon cette enquête, 46 % des musulmans interrogés envisageraient de quitter la France si Marine Le Pen était élue présidente de la République.
Qu'a répondu Marine Le Pen ?
Elle a affirmé que l'islam était compatible avec la République et que les musulmans n'avaient « aucune raison de s'inquiéter », tout en promettant de s'opposer à ceux qui voudraient imposer la charia en France.
Que propose-t-elle sur le voile ?
Elle souhaite interdire le port du voile dans l'espace public et soumettre cette mesure à un référendum.
Le voile est-il interdit en France aujourd'hui ?
Non, pas dans la rue. Il est interdit aux élèves des établissements scolaires publics depuis 2004 et aux agents publics dans l'exercice de leurs fonctions. Le voile intégral, qui couvre le visage, est interdit dans l'espace public depuis 2010.
Qu'est-ce que la charia ?
Le mot désigne en arabe la « voie » : l'ensemble des normes religieuses, morales et juridiques tirées du Coran et de la tradition. Son interprétation varie beaucoup, de la pratique personnelle (prière, jeûne) jusqu'aux systèmes juridiques de certains États.
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