Bien avant les concerts et les festivals, Myriam, sœur de Moïse, saisissait un tambourin pour célébrer la liberté retrouvée. Une scène fondatrice souvent oubliée.
Chaque année, la Fête de la musique transforme les rues, les places et les parcs en scènes à ciel ouvert. Des milliers de personnes chantent, dansent et célèbrent ensemble. Pourtant, l'une des plus anciennes scènes musicales racontées dans la Bible se déroule loin des projecteurs et des festivals.
Nous sommes dans le Livre de l'Exode. Les Hébreux viennent de traverser la mer et d'échapper à l'armée de Pharaon. Après des années d'esclavage et une fuite éprouvante, ils sont enfin libres.
C'est alors qu'apparaît une femme souvent moins connue que son frère Moïse : Myriam. Un tambourin à la main, elle entraîne les femmes dans le chant et la danse.
Ce détail pourrait sembler anecdotique. Pourtant, il s'agit de l'un des premiers grands moments musicaux décrits dans les Écritures.
« La première grande célébration musicale de la Bible intervient après une libération. »
La musique apparaît ici comme une réponse spontanée à la joie et à l'espoir retrouvés.
Dans la Bible, Myriam est la sœur de Moïse et d'Aaron. Son rôle est parfois éclipsé par celui de ses deux frères, pourtant elle occupe une place importante dans le récit de l'Exode.
C'est elle qui veille sur le jeune Moïse lorsqu'il est placé dans un panier sur le Nil. Plus tard, elle accompagne le peuple hébreu durant sa sortie d'Égypte.
Le texte biblique lui attribue également un titre rare : celui de prophétesse. Cette fonction lui confère une autorité spirituelle particulière au sein du peuple.
Lorsque la mer se referme derrière les Hébreux et que la menace disparaît, c'est elle qui prend l'initiative du chant.
Le moment est symbolique. Personne ne chante pendant les années d'esclavage. Personne ne chante non plus durant la fuite ou face à l'incertitude.
Le chant apparaît lorsque le danger est passé. Il devient une manière d'exprimer collectivement ce que les mots ordinaires peinent parfois à transmettre.
Dans le récit biblique, la musique ne sert pas d'abord à divertir. Elle sert à célébrer, à remercier et à inscrire un événement dans la mémoire du peuple.
Le tambourin de Myriam marque ainsi le passage entre la peur et la liberté, entre l'oppression et l'espérance.
« Le chant transforme un événement en mémoire collective. »
Dans les sociétés anciennes, la musique jouait un rôle essentiel dans la transmission de la mémoire. Bien avant les livres imprimés ou les enregistrements audio, les chants permettaient de conserver les récits importants.
Une mélodie se retient plus facilement qu'un long discours. Chanter ensemble permet également de renforcer les liens au sein d'une communauté.
Le chant de Myriam n'est donc pas seulement une réaction émotionnelle. Il contribue à inscrire la sortie d'Égypte dans l'identité du peuple hébreu.
Des siècles plus tard, cet épisode continue encore d'être raconté et étudié.
L'épisode de Myriam n'est pas resté isolé. Dans le judaïsme, les psaumes attribués au roi David occupent une place centrale dans la prière et la liturgie.
Le christianisme développera à son tour une riche tradition de chants, d'hymnes et de cantiques. Dans l'islam, même si la récitation du Coran ne se confond pas avec le chant au sens musical du terme, sa dimension mélodique joue un rôle important dans l'expérience spirituelle de nombreux croyants.
Derrière leurs différences, ces traditions partagent une même intuition : certaines émotions, certaines joies et certaines expériences se transmettent mieux lorsqu'elles sont portées par la voix.
« Dans de nombreuses religions, chanter est une manière de transmettre ce qui compte le plus. »
À l'occasion de la Fête de la musique, l'histoire de Myriam rappelle que la musique accompagne les sociétés humaines depuis des millénaires. Bien avant les concerts, les plateformes de streaming ou les festivals, elle servait déjà à célébrer, à transmettre et à rassembler.
Dans le récit de l'Exode, la première grande scène musicale n'est pas celle d'un artiste cherchant à divertir une foule. C'est celle d'une femme qui prend un tambourin pour célébrer la liberté retrouvée de son peuple.
Peut-être est-ce là l'une des fonctions les plus anciennes de la musique : donner une voix à la joie lorsque les mots seuls ne suffisent plus.