Quarante jours après Pâques, les chrétiens célèbrent une disparition devenue promesse.
Quarante jours après Pâques, les chrétiens célèbrent l’Ascension : le moment où Jésus ressuscité, après plusieurs apparitions à ses disciples, « monte au ciel » et disparaît à leur vue.
Fête de l’invisible par excellence, l’Ascension est aussi l’une des célébrations les moins bien comprises du calendrier chrétien.
Souvent réduite à une simple « fin de la présence terrestre de Jésus », elle engage pourtant une réflexion théologique immense sur la nature du Christ, le salut et le destin même de l’humanité.
L’Ascension est l’un des rares épisodes évangéliques racontés dans deux textes attribués au même auteur : Luc.
Dans l’Évangile selon Luc, le récit reste relativement sobre : Jésus bénit ses disciples près de Béthanie avant d’être « emporté au ciel ».
Mais dans les Actes des Apôtres, l’événement prend une dimension beaucoup plus spectaculaire. Jésus apparaît encore à ses disciples après sa résurrection, puis « une nuée le déroba à leurs yeux ».
« Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? »
Deux hommes vêtus de blanc annoncent alors le retour futur du Christ. Ce récit fixe également le chiffre symbolique des quarante jours entre Pâques et l’Ascension.
Pour les théologiens chrétiens, le « ciel » de l’Ascension ne désigne pas un lieu physique situé au-dessus des nuages. Il symbolise l’entrée du Christ dans la sphère divine, au-delà des catégories humaines du temps et de l’espace.
Pour la théologie chrétienne, l’Ascension n’est pas un abandon du monde par Jésus.
Au contraire : elle marque la glorification du Christ ressuscité et l’entrée symbolique de l’humanité dans la vie divine.
Les Pères de l’Église insistent fortement sur ce point : Jésus conserve pleinement sa nature humaine après la résurrection.
L’humanité est ainsi appelée à participer elle aussi à la communion divine.
Cette idée devient centrale dans la théologie orientale sous le nom de theosis, ou déification : l’être humain est appelé à devenir participant de la nature divine.
Lorsque les textes affirment que le Christ « siège à la droite du Père », ils utilisent une image royale héritée du monde antique : celle du souverain associé à l’autorité divine.
Dans la théologie chrétienne, l’Ascension prépare directement la Pentecôte : l’absence visible du Christ ouvre désormais à une présence spirituelle par l’Esprit Saint.
L’Ascension figure dans les grands credos chrétiens récités depuis des siècles : « Il est monté aux cieux, il siège à la droite du Père. »
Toutes les grandes traditions chrétiennes reconnaissent donc cet événement comme fondamental.
Les différences apparaissent surtout dans les accentuations théologiques : les orthodoxes insistent davantage sur la déification de l’humanité, les catholiques sur l’intercession du Christ glorifié, tandis que les protestants soulignent plus fortement la souveraineté du Ressuscité et la promesse de son retour.
La tradition chrétienne situe l’Ascension sur le mont des Oliviers, à l’est de Jérusalem.
Dès le IVᵉ siècle, des pèlerins identifient précisément un sanctuaire construit à cet endroit : l’Imbomon.
Détruit puis reconstruit plusieurs fois au fil des siècles, le lieu existe encore aujourd’hui.
La petite chapelle croisée est devenue une mosquée après la conquête de Saladin, mais les chrétiens y célèbrent toujours l’Ascension une fois par an.
L’Ascension célèbre une absence devenue présence.
Peut-être est-ce précisément ce qui rend cette fête si difficile à comprendre aujourd’hui : elle oblige à penser une présence invisible, une foi qui ne repose plus sur ce que les yeux peuvent voir mais sur une promesse qui demeure.
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Barbara Moullan
Directrice de publication · ILETAIT1FOI
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