À Lisieux, un tombeau du Christ grandeur nature : et si Pâques rattrapait Noël ?
Une crèche, tout le monde connaît. Un tombeau du Christ, c'est une autre histoire. C'est pourtant ce que le public pourra découvrir ce lundi de Pâques à la cathédrale Saint-Pierre de Lisieux : une réplique grandeur nature du Saint-Sépulcre de Jérusalem, installée pour les fêtes pascales. Ce sera une première en France.
Une idée née en Pologne
L'idée vient du père Bertrand Lestien, marqué par ce qu'il avait vu lors de son séjour en Pologne. Là-bas, les Jours saints donnaient lieu à des représentations simples mais saisissantes : une draperie, une pierre, une lumière symbolisant la résurrection. De retour à Lisieux, le parallèle avec la crèche de Noël s'est imposé à lui. Car pour le père Bertrand, le constat est clair : Pâques est la fête fondatrice du christianisme : c'est la victoire du Christ sur la mort, et pourtant elle ne bénéficie d'aucune représentation visuelle équivalente à celle de Noël. Une absence qu'il a décidé de combler.
Deux mois et demi de travail artisanal
Le projet prend forme grâce à un paroissien de 81 ans, François-Régis Lansen, bricoleur passionné depuis l'enfance. Il installe son atelier dans l'église Saint-Joseph de Lisieux, un édifice désaffecté, et travaille seul, six jours sur sept pendant deux mois et demi. C'est son épouse, peintre, qui appose la touche finale sur l'ensemble de la structure.
Une tradition à construire, un patrimoine à transmettre
Ce tombeau s'inscrira dans un lieu qui n'est pas anodin. La cathédrale Saint-Pierre de Lisieux est l'un des grands édifices gothiques de Normandie, dans une ville déjà connue pour le rayonnement de la basilique Sainte-Thérèse, qui attire chaque année des centaines de milliers de pèlerins et de visiteurs. Installer une représentation pascale dans ce cadre, c'est aussi penser à long terme : créer un rendez-vous, ancrer une pratique, faire d'un geste artisanal le point de départ d'une tradition durable. C'est d'ailleurs ainsi que naissent la plupart des traditions patrimoniales : non pas par décret, mais par répétition, par transmission, par l'attachement progressif d'une communauté à un objet ou à un rituel. La crèche de Noël elle-même, aujourd'hui disputée entre le religieux et le culturel, a suivi ce chemin sur plusieurs siècles.
Une question qui dépasse Lisieux
Pourquoi Noël a-t-il accaparé l'imaginaire collectif, y compris laïc, quand Pâques reste une fête peu représentée dans l'espace public ? Entre crèches municipales et marchés de Noël, la fête de la Nativité s'est imposée comme un marqueur culturel partagé. Pâques, elle, peine à sortir des chocolats et des cloches. Ce tombeau normand ne prétendra certainement pas renverser l'ordre des choses. Mais il rappellera, à sa façon, qu'un patrimoine vivant commence toujours quelque part, et pour cette fois, dans l'atelier d'un homme de 81 ans, six jours sur sept, pendant deux mois et demi.