Frankenstein : quand l’homme veut rivaliser avec Dieu -

Culture • Religion • Cinéma gothique

Frankenstein

Guillermo del Toro relit le mythe de Mary Shelley comme une réflexion sur les limites de la création humaine.

Netflix
2025
2h29
Drame gothique
Une œuvre qui interroge la tentation prométhéenne de l’homme moderne : créer la vie, défier les limites du vivant et assumer, ou non , la responsabilité morale de sa création.
Frankenstein de Guillermo del Toro
Oscar Isaac • Jacob Elordi • Mia Goth
🎬 INFOS FILM
Réalisation : Guillermo del Toro
Avec : Oscar Isaac, Jacob Elordi, Mia Goth
Sortie : 2025
Plateforme : Netflix
Genre : Drame / Horreur gothique
Durée : 2h29
Bande-annonce : Voir la bande-annonce

Plus de deux siècles après sa publication, Frankenstein continue de fasciner parce qu’il dépasse largement le simple récit fantastique. Derrière la figure du monstre se cache une réflexion sur la création, la responsabilité morale et les limites du pouvoir humain.

Quand l’homme s’arroge un pouvoir divin

Le mythe de Frankenstein repose sur une question profondément religieuse : jusqu’où l’être humain peut-il aller dans la création de la vie ?

En donnant naissance à une créature artificielle, Victor Frankenstein s’approprie un pouvoir traditionnellement attribué à Dieu. Mary Shelley place ainsi son personnage dans une position ambiguë : celle d’un savant fasciné par la connaissance, mais incapable d’assumer pleinement les conséquences de son acte.

Cette tension entre créateur et créature traverse de nombreuses traditions religieuses et philosophiques. Elle interroge les limites du progrès technique lorsque celui-ci n’est plus accompagné d’une réflexion éthique.

« Créer la vie sans responsabilité mène au chaos. »

Adam, la Genèse et le miroir de la créature

Dans le roman original, la créature découvre le récit biblique de la Genèse et s’identifie immédiatement à Adam, premier homme façonné par Dieu.

Mais la comparaison devient rapidement douloureuse : là où Adam bénéficie de l’amour et de l’attention de son Créateur, la créature de Frankenstein ne rencontre que le rejet.

Mary Shelley transforme alors le récit fantastique en réflexion théologique. Le véritable drame n’est peut-être pas l’acte de création lui-même, mais l’abandon de la créature par celui qui lui a donné la vie.

Ce que Frankenstein interroge
  • Les limites de la création humaine.
  • La responsabilité morale du créateur.
  • La frontière entre progrès scientifique et transgression.
  • La solitude et le rejet de la créature.

Hybris, Babel et Prométhée

Victor Frankenstein incarne une figure classique de la démesure humaine. Les Grecs parlaient d’hybris pour désigner cet orgueil qui pousse l’homme à dépasser les limites imposées à sa condition.

Mary Shelley renforce cette lecture en sous-titrant son roman Le Prométhée moderne. Comme Prométhée volant le feu aux dieux, Frankenstein cherche à s’emparer d’un savoir réservé au divin.

Le parallèle avec la Tour de Babel est également frappant : dans les deux récits, l’humanité tente de s’élever au-dessus de sa condition et se heurte aux conséquences de sa propre ambition.

Les échos dans la tradition islamique

Cette réflexion sur la création traverse aussi la tradition islamique. Le Coran évoque un miracle attribué à Jésus (ʿĪsā) : celui de façonner un oiseau d’argile puis de lui insuffler la vie « par la permission d’Allah ».

Cette précision est essentielle : la création n’est jamais totalement autonome. Elle demeure dépendante de la volonté divine et ne peut être pensée comme un pouvoir indépendant détenu par l’homme.

Références religieuses citées
  • Genèse 2:7 — Dieu façonne Adam et lui insuffle la vie.
  • Genèse 1:31 — Dieu contemple sa création « très bonne ».
  • Sourate 3:49 — Jésus donne vie à un oiseau d’argile « par la permission d’Allah ».

Une lecture très contemporaine

Deux siècles après Mary Shelley, la question posée par Frankenstein résonne avec une force nouvelle. Intelligence artificielle, génie génétique, clonage ou bio-ingénierie : les capacités techniques de l’humanité progressent beaucoup plus vite que les débats éthiques qui les accompagnent.

Le roman agit alors comme une mise en garde intemporelle : la capacité technique suffit-elle à légitimer un acte ?

Guillermo del Toro semble reprendre cette dimension tragique et philosophique dans son adaptation, fidèle à l’atmosphère sombre et profondément humaine imaginée par Mary Shelley.

Conclusion

Frankenstein ne raconte pas seulement l’histoire d’un monstre. Le roman explore surtout la faillite d’un créateur incapable d’assumer la responsabilité morale de son œuvre. Plus de deux siècles après sa publication, cette interrogation demeure d’une actualité saisissante.

Barbara Moullan
Barbara Moullan
Journaliste · Interreligieux