Choc : Bardella accusé d'antisémitisme par le journal Médiapart -
IF IL ÉTAIT 1 FOI
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, accusé par Mediapart d'écrits antisémites
MEDIAPART · 28.09.2026
POLITIQUE · ANTISÉMITISME · RASSEMBLEMENT NATIONAL

Bardella accusé d' antisémitisme :
ce que l'on sait
des écrits
de 2013

Mediapart attribue au président du RN des messages antisémites écrits à 17 ou 18 ans. Il dénonce des « faux grossiers » et porte plainte en diffamation. Nous avons recoupé les sources pour distinguer les faits établis des accusations.

ENQUÊTE MEDIAPART
PUBLIÉE LE 28 SEPTEMBRE 2026
RN · Antisémitisme · Présidentielle 2027
BM
Article · ILETAIT1FOI.FR
Barbara Moullan
Auteur · Fondatrice d'ILETAIT1FOI.FR

Jordan Bardella accusé d'antisémitisme ? Lundi 28 septembre 2026, Mediapart a publié une enquête attribuant à Jordan Bardella des écrits antisémites datant de 2013. Le président du Rassemblement national avait alors 17 ou 18 ans et adhérait au Front national, l'ancien nom du parti.

L'intéressé conteste formellement ces propos, parle de « faux grossiers » et a porté plainte en diffamation. À quelques mois de la présidentielle, l'affaire relance une question ancienne : le parti fondé par Jean-Marie Le Pen a-t-il vraiment rompu avec l'antisémitisme ? Voici ce que l’on sait, ce que l’on ignore encore, et l’histoire qui éclaire le débat.

L'enquête

Les écrits de 2013

Pour comprendre l'enquête de Mediapart sur Jordan Bardella, publiée le 28 septembre 2026.

Messages privés, thèses d'Alain Soral, démenti, plainte en diffamation : l'affaire relance le débat sur la dédiabolisation du Rassemblement national.

Mediapart Enquête 28.09.2026
§
Enquête de presse

Mediapart
Des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella

Publication : Mediapart
Lundi 28 septembre 2026
Une enquête de plusieurs mois, fondée sur des dizaines de conversations écrites.
Lire le décryptage franceinfo ↗
Source : franceinfo · 28 septembre 2026

Ce que révèle Mediapart

Mediapart dit avoir enquêté pendant plusieurs mois et travaillé sur des dizaines de conversations écrites privées. Elles auraient été rédigées par Jordan Bardella à l'été 2013. Le journal affirme les avoir authentifiées : il s'agirait de mails et de messages provenant de plusieurs plateformes.

Selon le journal, ces échanges dessinent le portrait d'un jeune militant obsédé par la judéité et aligné sur les thèses d'Alain Soral, essayiste condamné à plusieurs reprises, notamment pour provocation à la haine. Jordan Bardella y écrirait à son sujet : « ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits ».

Les messages rapportés reprennent des clichés antisémites classiques, comme la prétendue domination des juifs sur la finance ou l'idée d'un complot visant à contrôler le monde. Ils viseraient aussi nommément trois ministres du quinquennat Hollande : Laurent Fabius, Pierre Moscovici et Manuel Valls. Jordan Bardella y afficherait enfin son soutien à l'humoriste Dieudonné, déjà condamné à l'époque pour provocation à la haine.

Bardella dément et porte plainte

Sollicité par Mediapart avant la publication, Jordan Bardella a contesté « formellement » avoir tenu, « en public comme en privé, par oral ou par écrit », des propos racistes ou antisémites. Il dénonce des « faux grossiers ».

Le soir même, il annonce sur CNews que son avocat, Me David Dassa-Le Deist, a déposé une plainte en diffamation. L'avocat affirme disposer de pièces démontrant qu'il s'agit d'un « tissu de mensonges », sans les rendre publiques pour l'instant.

02
Riposte · La réponse de Bardella
"

Le fait que je n'étais pas militant actif au sein du Front national durant l'été 2013, et encore mineur, devrait vous alerter sur le caractère mensonger de ces "sources".

Jordan Bardella · Réponse à Mediapart · Septembre 2026

Ce point de sa défense est déjà scruté. Jordan Bardella a en effet toujours dit avoir adhéré au Front national en 2012, à 16 ans. Les deux affirmations ne se contredisent pas forcément : on peut être adhérent sans être militant actif.

Le président du RN voit dans l'enquête une opération destinée à « déstabiliser » la campagne présidentielle de son parti, en tête dans les sondages. Marine Le Pen, candidate à l'Élysée, dénonce « une barbouzerie dont Mediapart a le secret ».

Ce qui est établi, ce qui ne l'est pas

En recoupant la couverture de franceinfo, France 24, LCP et de l'AFP, une limite apparaît clairement : aucun autre média n'a dit avoir consulté ou authentifié lui-même les messages. Tous reprennent le travail de Mediapart.

L'un des coauteurs de l'enquête, Alexandre Berteau, maintient sur franceinfo que les écrits sont bien de la main de Jordan Bardella. Mediapart annonce qu'il répondra « sur les terrains judiciaires, comme médiatiques ».

Focus · Vérification

Ce que l'on sait à ce stade

Faits établis, affirmations contestées et zones d'ombre : le point au 29 septembre 2026.

01

Établi : la publication de l'enquête, son contenu, le démenti de Jordan Bardella et le dépôt d'une plainte en diffamation.

02

Contesté : l'authenticité des messages, affirmée par Mediapart et niée par Jordan Bardella.

03

Inconnu : la méthode d'authentification utilisée par Mediapart, qui n'a pas été détaillée publiquement.

04

Inconnu : les pièces que la défense dit détenir, qui n'ont pas été rendues publiques.

Le point essentiel

Pour l'instant, c'est la parole de Mediapart contre celle de Jordan Bardella. La justice devra trancher.

Un demi-siècle de soupçons

L'accusation d'antisémitisme accompagne le parti depuis sa naissance. Le Front national est fondé en 1972 autour de Jean-Marie Le Pen. Parmi ses fondateurs figurent d'anciens collaborateurs, dont son premier trésorier, Pierre Bousquet, ancien membre de la division SS Charlemagne.

Les soupçons deviennent massifs à la fin des années 1980, avec les propos de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz, puis son jeu de mots « Durafour crématoire » en 1988. Dans les années 2000, le parti accueille aussi Alain Soral, membre de son comité central de 2007 à 2009.

Repères

Cinq dates
à connaître

Du « point de détail » au changement de nom, les étapes qui éclairent l'affaire actuelle.

01
1972 : fondation du Front national autour de Jean-Marie Le Pen.
02
1987 : Jean-Marie Le Pen qualifie les chambres à gaz de « point de détail » de l'histoire. Il sera condamné.
03
2015 : après avoir réitéré ces propos, il est exclu du parti présidé par sa fille.
04
2017 : Marine Le Pen affirme que la France n'est pas responsable de la rafle du Vel d'Hiv.
05
2018 : le Front national devient le Rassemblement national.

Une rupture réelle ou de façade ?

Présidente du parti à partir de 2011, Marine Le Pen engage la « dédiabolisation ». Elle rompt avec son père, change le nom du parti et le présente désormais comme un rempart contre l'antisémitisme, qu'elle attribue surtout à l'islamisme.

Après le 7 octobre 2023, le RN participe à la marche contre l'antisémitisme, malgré l'opposition du Crif. En mars 2025, Jordan Bardella intervient à une conférence internationale sur la lutte contre l'antisémitisme à Jérusalem et se rend au mémorial de Yad Vashem.

Deux lectures

La dédiabolisation
en débat

L'évolution du parti fait l'objet de deux interprétations opposées, que l'affaire actuelle remet au premier plan.

01
Pour ses défenseurs

Une rupture réelle

Le fondateur a été exclu et la ligne officielle a changé. Les dérapages de candidats sont des cas isolés, sanctionnés quand ils sont connus.

02
Pour ses critiques

Un changement d'image

La rupture relève surtout de la communication. Ils citent les dérapages récurrents de candidats, par exemple aux législatives de 2024.

La communauté juive elle-même n'est pas unanime. Le Crif a longtemps tenu le parti à distance. À l'inverse, l'historien et avocat Serge Klarsfeld a salué la présence du RN à la marche de 2023, puis déclaré en 2024 qu'entre le RN et La France insoumise, il voterait RN.

Ce que Bardella a dit publiquement

Les déclarations publiques de Jordan Bardella suivent la ligne de la dédiabolisation. Depuis le 7 octobre 2023, il attribue l'antisémitisme actuel à l'islamisme et à l'extrême gauche, en visant en particulier La France insoumise.

Une exception est documentée. En novembre 2023, sur BFMTV, il déclare ne pas croire que Jean-Marie Le Pen soit antisémite, malgré ses condamnations. Quelques jours plus tard, il rectifie : le fondateur s'est « évidemment enfermé dans un antisémitisme », et sa première phrase était une « maladresse ».

Novembre 2023 · BFMTV

« Je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite. »

Jordan Bardella, propos qu'il a ensuite qualifiés de « maladresse »

En 2024, France 2 lui avait par ailleurs attribué un compte anonyme sur X ayant diffusé des messages racistes, sur la foi de témoignages d'anciens proches. Il l'avait nié, et cette accusation n'a jamais été démontrée.

Du Crif à la classe politique

Le Crif a réagi le jour même. Son président, Yonathan Arfi, s'est dit « stupéfait par la virulence des propos ». Il s'interroge : comment un responsable ayant tenu de tels propos a-t-il pu obtenir de telles responsabilités dans un parti qui prétend lutter contre la haine des juifs ? Selon lui, le RN « continue d'être le parti refuge des identitaires ».

La réaction du Crif

« Si les éléments rendus publics sont avérés, l'antisémitisme des propos attribués à Jordan Bardella est un démenti cinglant de la stratégie de dédiabolisation du Rassemblement national. »

Yonathan Arfi, président du Crif · 28 septembre 2026

Dans la classe politique, les réactions ont suivi les lignes attendues. Marine Tondelier (Les Écologistes) demande la démission de Jordan Bardella de toutes ses fonctions. Olivier Faure (PS) ironise sur ses propos de 2023 au sujet de Jean-Marie Le Pen. Fabien Roussel (PCF) estime que le parti n'a pas changé depuis sa fondation.

Au gouvernement, Aurore Bergé, ministre chargée de la lutte contre les discriminations, juge que ces écrits, « s'ils sont avérés, sont d'une immense gravité ». Au RN, Marion Maréchal assure que le ticket Le Pen–Bardella tient toujours.

Ce qui va se jouer maintenant

L'affaire dépasse le cas d'un homme. Elle pose une question que le RN croyait réglée : sa rupture avec l'antisémitisme du FN est-elle profonde ou de façade ? Jordan Bardella incarne justement la génération « dédiabolisée ».

La suite se jouera sur deux terrains : d'éventuelles publications complémentaires de Mediapart, et le procès en diffamation, où le journal devra défendre ses preuves devant un juge. Jusque-là, ces écrits restent des accusations.

En une phrase

Une accusation grave n'est pas une preuve. Un démenti non plus.

Sources : franceinfo · franceinfo (entretien avec un coauteur) · France 24 · LCP · La Libre (AFP) · franceinfo (Crif) · Mesinfos · Times of Israel · Orange Actu · Euronews

QUESTIONS FRÉQUENTES

L'affaire Bardella–Mediapart

Les réponses aux principales questions sur les écrits antisémites attribués au président du RN.

01

Que reproche Mediapart à Jordan Bardella ?

Mediapart lui attribue des messages privés antisémites datant de l'été 2013, quand il avait 17 ou 18 ans. Il y reprendrait les thèses complotistes d'Alain Soral et viserait plusieurs ministres de l'époque.

02

Comment Jordan Bardella a-t-il réagi ?

Il conteste formellement ces propos, dénonce des « faux grossiers » et a porté plainte en diffamation contre Mediapart. Marine Le Pen parle d'une « barbouzerie ».

03

Les messages ont-ils été authentifiés ?

Mediapart affirme les avoir authentifiés, sans détailler publiquement sa méthode. Aucun autre média n'a dit les avoir vérifiés de façon indépendante. La procédure en diffamation devrait permettre de trancher.

04

Pourquoi le RN est-il régulièrement accusé d'antisémitisme ?

Le Front national a été fondé en 1972 avec d'anciens collaborateurs, et son fondateur Jean-Marie Le Pen a été condamné pour ses propos sur les chambres à gaz. Des candidats du parti ont aussi été épinglés à plusieurs reprises.

05

Qu'est-ce que la « dédiabolisation » ?

C'est la stratégie engagée par Marine Le Pen à partir de 2011 pour rompre avec l'image du FN : exclusion de Jean-Marie Le Pen en 2015, changement de nom en 2018, soutien affiché à Israël et dénonciation de l'antisémitisme islamiste.

06

Qu'a dit le Crif sur cette affaire ?

Son président, Yonathan Arfi, y voit, si les faits sont avérés, un « démenti cinglant » de la dédiabolisation. Il estime que le RN reste « le parti refuge des identitaires ».

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