Sécheresse : comment 6 récits religieux l'aborde
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JUDAÏSME · CHRISTIANISME · ISLAM · TEXTES RELIGIEUX

Quand la pluie
ne tombe plus

Paysage marqué par la sécheresse Sécheresse · pluie · prière

Sécheresse, famine, pluie espérée : les textes religieux racontent plusieurs histoires où l'eau devient une question de survie et parfois de prière.

Écritures Traditions juive & musulmane Sources vérifiées
BM
Article · ILETAIT1FOI.FR
Barbara Moullan
Auteur · Fondatrice d'ILETAIT1FOI.FR

Dans les traditions religieuses, la pluie n'est jamais seulement une donnée météorologique. En effet dans des sociétés agricoles largement dépendantes des précipitations, son absence pouvait signifier la disparition des récoltes, la mort des troupeaux et, à terme, la famine.

Les textes religieux mettent donc en avant plusieurs récits de sécheresse, de manque d'eau ou de longues périodes de disette. Mais il faut être précis : sécheresse et famine ne sont pas toujours synonymes dans les textes. Certaines histoires parlent explicitement de l'absence de pluie ; d'autres décrivent une famine sans en donner la cause météorologique.

À retenir

Sécheresse ≠ famine

Le récit d'Élie décrit explicitement une absence de pluie. En revanche, les sept années difficiles annoncées par Joseph dans la Genèse et par Yusuf dans le Coran sont présentées comme des années de famine ou de disette : les textes ne disent pas qu'il s'agit de sept années sans pluie.

Élie face à une terre sans pluie

1 Rois

Une sécheresse annoncée par le prophète

1 Rois 17,1
→ 18,45

Le récit biblique le plus explicite sur la sécheresse est celui du prophète Élie face au roi Achab. Élie annonce qu'il n'y aura « ni rosée ni pluie » pendant plusieurs années. Le phénomène touche directement la terre : le torrent auprès duquel Élie s'est réfugié finit lui-même par sécher parce qu'il n'y a plus de pluie dans le pays.

Le récit se poursuit jusqu'au retour de la pluie. Après la confrontation entre Élie et les prophètes de Baal, Élie prie et attend le signe annonçant le retour des précipitations. Une petite nuée apparaît finalement et la pluie arrive.

Source primaire 1 Rois 17,1–18,45. Le texte mentionne explicitement l'absence de rosée et de pluie en 17,1, puis précise en 17,7 que le torrent s'assèche « parce qu'il n'y avait pas de pluie dans le pays ».

Lire 1 Rois 17–18 →
Le détail essentiel

Ici, le texte biblique parle bien d'une absence de pluie, et non simplement d'une période de famine.

1 Rois 17,1 et 17,7

Joseph et les sept années de famine

Genèse

Prévoir la pénurie avant qu'elle n'arrive

Genèse
41,29–57

Dans la Genèse, Joseph interprète le rêve de Pharaon. Sept années d'abondance doivent être suivies de sept années de famine. Joseph conseille donc de stocker une partie des récoltes pendant les années d'abondance afin de constituer des réserves.

Le texte raconte ensuite l'arrivée des années de famine : elles touchent l'Égypte et les pays alentour, tandis que les réserves constituées grâce à la politique de Joseph permettent à l'Égypte de disposer de nourriture.

Attention au vocabulaire

Le texte ne parle pas de sécheresse

La Genèse parle explicitement de « sept années de famine ». Elle ne dit pas que ces sept années sont sept années sans pluie. Il est donc plus exact de parler de famine ou de disette que de sécheresse.

Source primaire Genèse 41,29-31 annonce les sept années d'abondance puis les sept années de famine. Genèse 41,53-57 raconte leur arrivée et les réserves constituées en Égypte.

Lire Genèse 41,29–57 →

Yusuf : sept années difficiles, puis la pluie

Sourate Yûsuf

Le même motif, mais pas exactement le même vocabulaire

Coran
12,43–49

Le Coran raconte lui aussi l'interprétation d'un rêve royal par Joseph — Yusuf. Le rêve annonce sept années de cultures abondantes, puis sept années difficiles. Yusuf recommande de conserver une partie des récoltes pendant les années d'abondance afin de disposer de réserves lorsque viendront les années difficiles.

Le verset 12,48 parle de sept années difficiles, qui consommeront les réserves accumulées. Puis le verset suivant annonce une année durant laquelle les gens recevront la pluie et pourront à nouveau presser leurs récoltes.

Une précision importante

« Sept années de sécheresse » n'est pas le texte du Coran

Dans le Coran, les sept années sont qualifiées de « difficiles » et la tradition française les traduit généralement par « années de disette ». Le texte ne dit pas explicitement : « sept années sans pluie ». En revanche, la pluie est explicitement mentionnée pour l'année suivante, en 12,49.

Source primaire Coran, sourate 12, versets 43–49, particulièrement 12,47–49.

Lire Coran 12,43–49 →

À Médine, demander la pluie au Prophète ﷺ

Sahih al-Bukhari

De la sécheresse à l'averse

Bukhari
1014

Un autre récit, transmis par Anas ibn Malik et conservé dans le Sahih al-Bukhari, se déroule à Médine. Pendant le sermon du vendredi, un homme demande à Muhammad ﷺ de prier pour la pluie : les troupeaux meurent et les routes sont coupées.

Muhammad ﷺ lève alors les mains et demande à Dieu de faire tomber la pluie. Selon le récit, un nuage apparaît et une forte pluie commence. La semaine suivante, la situation s'est inversée : la pluie est devenue tellement abondante qu'un homme demande cette fois au Prophète ﷺ de prier pour qu'elle cesse.

Muhammad ﷺ prie alors pour que la pluie tombe autour de Médine : sur les montagnes, les collines, les vallées et les endroits où poussent les arbres, plutôt que directement sur la ville.

Source primaire Sahih al-Bukhari, hadith 1014, « Invoquer Allah pour la pluie (Istisqaa) ».

Lire le hadith 1014 →

Une invocation puissante

L'invocation à prononcer lorsque le vent s'intensifie

Une prière pour obtenir la pluie

Ibn Hibban
1008

D'après Salama Ibn Al Akwa', lorsque le vent s'intensifiait, le Prophète disait : « Ô Allah ! Qu'il amène la pluie et qu'il ne vienne pas sans pluie ».

Allahoumma Laqhan La 'Aqiman اللَّهُمَّ لَقْحًا لاَ عَقِيمًا

Source primaire Sahih Ibn Hibban, hadith 1008, authentifié par l'imam Nawawi dans son ouvrage Al Adhkar p152, par l'imam Ibn Hajar dans Al Foutouhat Rabaniya vol 4 p 275 ainsi que par Cheikh Albani dans Sahih Al Jami n°4670.

Lire le hadith 1008 →

Honi : quand la pluie devient torrent

Talmud de Babylone

Le Traceur de cercles

Ta'anit
19a

Le traité Ta'anit raconte l'histoire célèbre de Honi HaMe'aggel, « Honi le Traceur de cercles ». Le peuple lui demande de prier pour que la pluie tombe. Honi prie, mais la pluie ne vient pas.

Il trace alors un cercle au sol, se tient à l'intérieur et affirme qu'il ne bougera pas avant que Dieu ait pitié de ses enfants et réponde à leur demande. Une pluie légère commence à tomber. Honi explique qu'il demandait une pluie capable de remplir les citernes, les fossés et les réservoirs.

La pluie devient alors extrêmement forte. Honi demande une nouvelle fois une modification : il ne voulait pas une pluie destructrice, mais une pluie « de bienveillance, de bénédiction et de générosité ». La pluie tombe ensuite normalement, mais elle continue tellement longtemps que les habitants de Jérusalem doivent se réfugier sur le mont du Temple.

Le récit se termine sur une nouvelle demande adressée à Honi : puisque sa prière a fait venir la pluie, qu'il prie maintenant pour qu'elle s'arrête.

Source primaire Talmud de Babylone, Ta'anit 19a. Le récit de Honi se poursuit également dans Ta'anit 23a, où une version plus développée de l'histoire est rapportée.

Lire Ta'anit 19a →

Le Talmud revient aussi sur la sécheresse d'Élie

Le récit d'Élie ne reste pas seulement dans le texte biblique. Le traité Ta'anit revient directement sur la sécheresse annoncée en 1 Rois 17,1 et sur le retour de la pluie annoncé en 1 Rois 18,1.

Les rabbins discutent notamment de la différence entre la rosée et la pluie : le texte biblique annonce qu'Élie a retenu « rosée et pluie », tandis que le verset annonçant le retour de la pluie ne mentionne explicitement que la pluie.

Source rabbinique Talmud de Babylone, Ta'anit 2b–3b. Le passage cite explicitement 1 Rois 17,1 et 18,1 pour discuter du statut de la rosée et de la pluie.

Lire le passage dans Ta'anit →

Six récits, mais pas six sécheresses

Ces récits ont un motif commun : la pluie, son absence ou son retour, mais ils ne racontent pas exactement la même chose. Les textes utilisent différents registres : sécheresse, famine, prière pour la pluie, abondance des précipitations ou réflexion rabbinique.

Tradition Récit Ce que dit précisément la source Référence
Bible Élie Absence de rosée et de pluie pendant plusieurs années. 1 Rois 17–18
Torah Joseph Sept années d'abondance puis sept années de famine. Genèse 41
Coran Yusuf Sept années difficiles / de disette, puis une année où les gens reçoivent la pluie. Coran 12,43–49
Hadith Muhammad à Médine Les troupeaux meurent et les routes sont coupées ; le Prophète prie pour la pluie, puis pour qu'elle cesse. Bukhari 1013
Hadith Salama Ibn Al Akwa' Une invocation forte pour la pluie. Hibban 1008
Talmud Honi Le peuple demande la pluie ; Honi prie, la pluie arrive puis devient excessive. Ta'anit 19a

Quand l'eau devient une question religieuse

Dans ces récits, l'eau apparaît à la fois comme une nécessité concrète et comme un élément auquel les communautés donnent une signification religieuse. L'absence de pluie peut provoquer une crise agricole ; la demande de pluie devient alors l'occasion d'une prière collective.

Mais les textes ne proposent pas tous la même lecture. La sécheresse d'Élie appartient à un récit prophétique particulièrement construit autour de l'absence et du retour de la pluie. Les récits de Joseph et de Yusuf mettent davantage en scène la prévoyance face à la famine. Dans les hadiths, la demande de pluie devient une pratique de prière, tandis que le récit talmudique de Honi joue sur le rapport entre demande humaine, pluie et excès.

En une phrase

Dans les textes religieux, la sécheresse n'est donc pas seulement l'absence d'eau : elle devient aussi un récit sur la survie, la prière, la prévoyance et l'attente du retour de la pluie.

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QUESTIONS FRÉQUENTES

Sécheresse et textes religieux

Les principales précisions à connaître avant de comparer les récits.

01

La Bible raconte-t-elle une véritable sécheresse ?

Oui. Le récit d'Élie en 1 Rois 17–18 parle explicitement de l'absence de rosée et de pluie pendant plusieurs années, puis du retour de la pluie.

02

Les sept années de Joseph sont-elles sept années de sécheresse ?

Non, pas explicitement. La Genèse parle de sept années d'abondance puis de sept années de famine. Elle ne donne pas la sécheresse comme cause de cette famine.

03

Et dans le Coran ?

Le Coran raconte également sept années d'abondance puis sept années difficiles dans la sourate Yûsuf, 12,43–49. Le verset 12,49 mentionne ensuite une année où les gens reçoivent la pluie. Le texte ne qualifie toutefois pas les sept années précédentes de « sept années de sécheresse ».

04

Existe-t-il une prière musulmane pour demander la pluie ?

Oui. Les hadiths rapportent notamment des demandes de prière pour la pluie, appelées istisqāʾ. Le récit de Bukhari 1013 en donne un exemple concret à Médine.

05

Qui est Honi le Traceur de cercles ?

Honi HaMe'aggel est une figure rabbinique dont le récit le plus célèbre se trouve dans le traité Ta'anit 19a. Il prie pour la pluie pendant une période de manque, puis demande successivement que la pluie soit modérée lorsqu'elle devient trop forte.

06

Le Talmud parle-t-il aussi d'Élie ?

Oui. Ta'anit 2b–3b revient directement sur les versets de 1 Rois concernant la sécheresse d'Élie et discute notamment de la rosée et de la pluie.

Sources primaires

Bible : 1 Rois 17–18 ; Genèse 41,29–57.

Coran : sourate 12, Yûsuf, versets 43–49.

Hadith : Sahih al-Bukhari 1013 et Sahih Hibban 1008.

Talmud de Babylone : Ta'anit 2b–3b et 19a.

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