Islamophobie : le Vatican appelle à ne pas confondre fondamentalisme et musulmans -
IF IL ÉTAIT 1 FOI
Le pape Léon XIV, dialogue interreligieux et islamophobie
NOSTRA AETATE · 1965—2026
ISLAM · CATHOLICISME · DIALOGUE INTERRELIGIEUX

Islamophobie :
le Vatican appelle
à ne pas confondre
fondamentalisme
et musulmans

Soixante ans après Nostra aetate, trois dicastères du Saint-Siège publient une Note qui revient sur les acquis du dialogue interreligieux et dénonce notamment les manifestations d'islamophobie dans les sociétés occidentales.

60 ANS DE NOSTRA AETATE
NOTE PUBLIÉE LE 16 SEPTEMBRE 2026
Vatican · Dialogue interreligieux · Islam
BM
Article · ILETAIT1FOI.FR
Barbara Moullan
Auteur · Fondatrice d'ILETAIT1FOI.FR

Le 16 septembre 2026, trois dicastères du Saint-Siège, celui pour la Doctrine de la Foi, celui pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens et celui pour le Dialogue Interreligieux, ont publié une Note commune intitulée « Un chemin d'espérance ». Approuvée par le pape Léon XIV le 22 juin 2026, elle commémore les soixante ans de la déclaration conciliaire Nostra aetate, publiée le 28 octobre 1965.

Le document propose un bilan du dialogue interreligieux depuis le Concile Vatican II. Il revient sur les relations avec le judaïsme, l'islam et les autres traditions religieuses, mais aussi sur les difficultés qui demeurent. Parmi elles, la Note évoque explicitement les manifestations d'islamophobie dans les contextes occidentaux.

Document officiel

60 ans de Nostra aetate

Pour comprendre la nouvelle Note du Saint-Siège sur le dialogue interreligieux, publiée le 16 septembre 2026.

Islamophobie, judaïsme, dialogue avec les musulmans, fraternité interreligieuse : le document revient sur soixante années de relations entre l'Église catholique et les autres traditions religieuses.

Vatican Dialogue interreligieux 16.09.2026
✝
Texte officiel

Un chemin d'espérance
Soixante ans de dialogue et de fraternité interreligieuse

Déclaration conciliaire : Nostra aetate
Publiée le 16 septembre 2026
Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Dicastère pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens et Dicastère pour le Dialogue Interreligieux.
Lire la Note officielle ↗
Source : Saint-Siège · Vatican · 16 septembre 2026

Le Vatican met en garde contre les amalgames

C'est l'un des passages les plus directement consacrés à l'islam dans la Note. Les trois dicastères constatent une « prise de conscience critique croissante » face aux manifestations d'islamophobie présentes dans les sociétés occidentales.

Le document pointe surtout un risque précis : celui de ne pas suffisamment distinguer les situations de fondamentalisme et de violence de la vie quotidienne des musulmans qui vivent, travaillent et s'intègrent dans les sociétés qui les accueillent.

01
Islamophobie · Ce que dit la Note
“

Les manifestations d'islamophobie présentes dans les contextes occidentaux ne font pas suffisamment la distinction entre les cas de fondamentalisme et de violence et la vie paisible des autres croyants musulmans.

Note « Un chemin d'espérance » · Vatican · 16 septembre 2026

La Note invite également à reconnaître les croyants musulmans dans leur réalité religieuse propre. Elle rappelle, en reprenant Nostra aetate, que les musulmans adorent le Dieu unique, qu'ils se réfèrent à Abraham et qu'ils accordent une place importante à la prière, à l'aumône et au jeûne.

Cette position s'inscrit dans une continuité plus ancienne. Depuis le Concile Vatican II, l'Église catholique affirme la nécessité d'une connaissance réciproque entre chrétiens et musulmans et encourage les collaborations permettant de dépasser les préjugés et les incompréhensions.

Focus · Islam

Ce que dit la Note sur l'islam

La Note revient explicitement sur la relation entre dialogue interreligieux, islam et lutte contre les discriminations.

01

L'islam fait partie du dialogue interreligieux engagé dans la continuité de Nostra aetate.

02

Le fondamentalisme et la violence ne doivent pas être confondus avec la vie des musulmans qui vivent pacifiquement dans les sociétés occidentales.

03

La Note appelle à une meilleure connaissance et à une estime réciproque entre chrétiens et musulmans.

04

Elle condamne plus largement les discriminations et les persécutions fondées sur la religion.

Le point essentiel

Ne pas confondre fondamentalisme, violence et vie quotidienne des musulmans.

Une déclaration née après la Shoah

À l'origine, Nostra aetate n'était pas destinée à devenir un texte général sur les religions. Le projet répondait d'abord aux conséquences tragiques de l'antisémitisme qui avait culminé avec la Shoah.

Saint Jean XXIII, profondément marqué par sa rencontre avec l'historien juif Jules Isaac, confia au cardinal Augustin Bea la préparation d'un texte destiné à renouveler les relations entre l'Église et le peuple juif. La médiation de Maria Vingiani joua un rôle dans cette rencontre.

Au fil des travaux du Concile Vatican II, le projet s'élargit. Le texte finalement adopté en 1965 ne concerne plus uniquement les relations entre catholiques et juifs, mais les rapports de l'Église avec l'ensemble des religions non chrétiennes.

L'héritage de Nostra aetate

« Nostra aetate a ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire des rapports entre catholiques, juifs et croyants d'autres confessions ou traditions spirituelles. »

Une relation particulière

Une place importante est consacrée aux relations entre christianisme et judaïsme. La Note rappelle le patrimoine spirituel commun issu des Écritures d'Israël et souligne la nécessité d'une connaissance et d'une estime mutuelles.

La relation avec le peuple juif occupe une place particulière dans la réflexion catholique parce que le christianisme est né au sein du judaïsme. Jésus, les premiers disciples et les premières communautés chrétiennes appartenaient au monde juif de leur époque.

La Note rappelle également l'enseignement catholique sur l'alliance entre Dieu et le peuple juif, ainsi que la condamnation de toute forme d'antisémitisme.

Deux approches

Deux dimensions
du dialogue

La Note distingue plusieurs formes de dialogue, selon les histoires et les traditions religieuses concernées.

01
Judaïsme

Un patrimoine commun

Une relation fondée sur un patrimoine biblique et spirituel commun.

02
Islam & autres religions

Connaître, dialoguer, coopérer

Une démarche de connaissance, d'estime, de dialogue et de coopération.

De Paul VI à Léon XIV

La Note retrace ensuite les principales étapes de la réception de Nostra aetate par les papes successifs.

Paul VI institutionnalise le dialogue avec les religions non chrétiennes en créant en 1964 le Secrétariat pour les non-chrétiens. Deux commissions spécifiques sont ensuite établies pour approfondir les relations avec le judaïsme et avec l'islam.

Jean Paul II donne une visibilité internationale au dialogue interreligieux, notamment avec la rencontre d'Assise du 27 octobre 1986, au cours de laquelle des responsables religieux du monde entier se réunissent pour prier pour la paix.

Son pontificat voit également la publication de Dialogue et Mission en 1984 et de Dialogue et annonce en 1991. Ces textes cherchent à articuler dialogue interreligieux et mission chrétienne.

Benoît XVI insiste sur le rapport entre foi, raison et paix. La Note rappelle notamment son affirmation selon laquelle aucune religion ni aucune culture ne peut légitimement justifier le fanatisme ou la violence. Le dialogue entre chrétiens et musulmans est présenté comme une « nécessité vitale ».

François poursuit cette orientation en développant notamment la notion de fraternité humaine. Le Document sur la fraternité humaine signé en 2019 avec le Grand Imam d'Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb, constitue l'un des exemples majeurs de cette dynamique.

Léon XIV inscrit son pontificat dans cette continuité. En 2025, il commémore le soixantième anniversaire de Nostra aetate et rappelle que la déclaration conciliaire a fait naître une « graine d'espérance » pour le dialogue interreligieux.

Ce qui a changé en 60 ans

Pour les trois dicastères, les résultats de ces soixante années sont désormais visibles. Des relations durables se sont nouées entre responsables religieux, des projets éducatifs et sociaux ont été développés et des déclarations communes ont été publiées lors de crises humanitaires, de guerres ou de crises environnementales.

Le dialogue ne se limite toutefois pas aux grandes rencontres internationales. La Note insiste sur les formes plus discrètes de la coexistence : les quartiers multireligieux, les groupes de jeunes, les couples interreligieux et les communautés locales.

Dans ces espaces du quotidien, le simple fait de vivre ensemble, de se connaître et de se rendre service peut déjà constituer une forme de dialogue interreligieux.

La Note dit

« Le dialogue interreligieux ne consiste pas à abandonner ses propres convictions, mais à rencontrer l'autre avec respect et à chercher ensemble des chemins de paix. »

Note « Un chemin d'espérance », 16 septembre 2026

La Note cite également plusieurs initiatives développées au fil des années, parmi lesquelles la revue Pro Dialogo, le Women's Network for Interreligious Dialogue et le document Témoignage chrétien dans un monde multi-religieux, publié en 2011.

Les obstacles qui persistent

Le bilan présenté par la Note n'est pas uniquement positif. Plusieurs obstacles continuent de fragiliser le dialogue : crainte du relativisme doctrinal, persistance des préjugés, conflits historiques entre communautés religieuses, montée des fondamentalismes et instrumentalisation politique des appartenances religieuses.

Les trois dicastères évoquent également les violences commises au nom de Dieu et les persécutions dont sont victimes des chrétiens dans plusieurs régions du monde.

Le document souligne toutefois que la réponse à ces difficultés ne peut pas être l'isolement. Il appelle au contraire à une meilleure formation des acteurs du dialogue et à une connaissance approfondie des autres traditions religieuses.

À retenir

Les principaux
défis identifiés

Le dialogue interreligieux se construit aussi autour des tensions et des obstacles à dépasser.

01
Les préjugés et les discriminations religieuses.
02
Les fondamentalismes et les violences commises au nom de Dieu.
03
Les conflits historiques entre communautés religieuses.
04
La crainte que le dialogue entraîne un relativisme doctrinal.
05
La marginalisation ou l'instrumentalisation du fait religieux dans les sociétés sécularisées.

Quel avenir pour le dialogue ?

Pour l'avenir, la Note appelle à renforcer une véritable pédagogie du dialogue. Cette formation devrait commencer dans les séminaires et les instituts théologiques, mais aussi toucher les communautés locales et les jeunes générations.

Le dialogue ne doit pas conduire à effacer les différences entre les religions. Le document écarte explicitement l'idée d'une religion mondiale unique et nivelée. Il défend plutôt une fraternité capable de reconnaître les différences tout en recherchant ce qui peut être construit ensemble.

La Note reprend à ce propos l'image du polyèdre, déjà utilisée par le pape François : une figure qui permet de penser ensemble plusieurs dimensions sans les réduire à une seule.

Une image pour penser le dialogue

« Un modèle de dialogue plus riche et plus structuré pourrait être comparé à un polyèdre : il exige de se confronter à plusieurs dimensions simultanément. »

Note « Un chemin d'espérance » · 16 septembre 2026

Ce qui reste à construire

Soixante ans après Nostra aetate, les trois dicastères dressent donc un bilan à la fois reconnaissant et lucide. La déclaration de 1965 a profondément transformé la manière dont l'Église catholique envisage ses relations avec les autres traditions religieuses.

La Note insiste notamment sur la nécessité de poursuivre le dialogue avec les musulmans, de combattre les préjugés et de ne pas réduire les croyants à des représentations liées au fondamentalisme ou à la violence.

Dans un monde marqué par les guerres, les tensions religieuses, les discriminations et les crises environnementales, les auteurs du document considèrent que le dialogue demeure un chemin à poursuivre.

En une phrase

« Des bâtisseurs de ponts, et non de murs. »

C'est sur cette image que s'achève la réflexion. Pour le Saint-Siège, l'héritage de Nostra aetate ne relève pas seulement de l'histoire du Concile Vatican II. Il constitue encore aujourd'hui un appel à la rencontre, à la connaissance réciproque et à la fraternité.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Nostra aetate et le dialogue interreligieux

Les réponses aux principales questions sur la Note publiée pour les 60 ans de Nostra aetate.

01

Pourquoi Nostra aetate est-elle importante ?

Publiée en 1965 lors du Concile Vatican II, Nostra aetate a profondément renouvelé la manière dont l'Église catholique envisage ses relations avec les juifs et les croyants des autres religions.

02

Que dit la Note sur l'islamophobie ?

La Note évoque une prise de conscience croissante face aux manifestations d'islamophobie dans les contextes occidentaux. Elle souligne notamment la nécessité de ne pas confondre fondamentalisme et violence avec la vie paisible des autres croyants musulmans.

03

Que dit Nostra aetate sur les musulmans ?

La déclaration conciliaire reconnaît notamment que les musulmans adorent le Dieu unique, qu'ils se réfèrent à Abraham et qu'ils pratiquent la prière, l'aumône et le jeûne.

04

Le dialogue interreligieux signifie-t-il que les religions sont considérées comme identiques ?

Non. La Note insiste au contraire sur la nécessité de préserver l'identité propre de chaque tradition religieuse. Le dialogue repose sur la connaissance, l'écoute, le respect et la coopération sans effacer les différences.

05

Quels sont les principaux obstacles au dialogue ?

Le document cite notamment les préjugés, les fondamentalismes, les conflits historiques, la manipulation politique des appartenances religieuses, les violences commises au nom de Dieu et la crainte d'un relativisme doctrinal.

06

Quel est l'objectif de la Note publiée en 2026 ?

Elle entend dresser un bilan des soixante années écoulées depuis Nostra aetate, rappeler les fruits du dialogue interreligieux et proposer des pistes pour poursuivre ce travail dans un monde marqué par les guerres, les tensions religieuses et les crises environnementales.

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