Excision et Islam : Que Disent Vraiment les Hadiths ?
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Excision et Islam : le Prophète a-t-il vraiment autorisé cette pratique ?
Islam • Hadith • Histoire des religions

Le prophète
a-t-il vraiment
autorisé
l'excision ?

Un mot arabe, khitān, désigne à la fois la circoncision masculine et une pratique féminine bien distincte. Derrière cette confusion linguistique se cache un débat théologique vieux de plusieurs siècles sur l'authenticité des textes invoqués.

Décryptage religieux
Analyse des hadiths

Excision et Islam : le Prophète a-t-il vraiment autorisé cette pratique ?

Selon l'Unicef, environ 230 millions de femmes et de filles vivent aujourd'hui avec les conséquences d'une mutilation génitale. La pratique est concentrée dans une trentaine de pays d'Afrique, mais elle existe aussi au Yémen, au Kurdistan irakien, et dans certaines communautés installées ailleurs dans le monde.

Pour l'expliquer, un argument revient sans cesse : l'excision serait prescrite, ou au moins recommandée, par l'islam, et appuyée sur des hadiths attribués au prophète Muhammad. Mais dès qu'on examine les textes de près, le dossier devient beaucoup moins simple qu'un « c'est religieux » ou « ce n'est pas religieux ».

Khitān et khifāḍ : un mot pour deux pratiques

Le mot arabe khitān désigne la circoncision. Dans la majorité des contextes, il renvoie à la circoncision masculine. Mais les sources classiques montrent qu'il a aussi pu être employé, de façon plus générique, pour des pratiques concernant les filles. À côté de lui existe un terme plus spécialisé, khifāḍ (ou khafḍ), plus spécifiquement associé aux interventions féminines.

Il serait toutefois trompeur de présenter cela comme deux mots parfaitement cloisonnés. La réalité est plus floue : khitān a pu désigner les deux pratiques, tandis que khifāḍ garde un usage plus technique. En appelant une pratique féminine « khitān », on la rapproche linguistiquement de la circoncision masculine qui bénéficie, elle, d'une place bien plus solidement établie dans la tradition islamique.

« Un même mot ne suffit pas à établir un même statut religieux. »

Les trois textes invoqués, en bref
  • « Les deux khitān » — bien attesté, mais parle uniquement des ablutions rituelles.
  • Le hadith d'Umm ʿAtiyya — jugé faible par son propre compilateur, mais validé par al-Albani.
  • « Sunna pour les hommes, honneur pour les femmes » — considéré comme faible par la quasi-totalité des spécialistes, y compris al-Albani.

Le hadith des « deux khitān » : un texte mal compris

Un hadith bien attesté, notamment dans le Sahih Muslim, affirme que lorsque « les deux khitān » (al-khitānān, forme duale en arabe) se rencontrent, la grande ablution rituelle devient obligatoire après un rapport sexuel. Le duel arabe est un procédé grammatical qui permet de désigner deux éléments différents par un seul mot, celui du plus connu des deux.

Le texte porte donc uniquement sur le moment où la purification devient obligatoire et ne prescrit en rien une intervention sur le sexe féminin. Que la vulve puisse être désignée par le même mot que le sexe masculin circoncis ne signifie pas qu'elle ait, elle aussi, subi une opération.

Umm ʿAtiyya : le texte le plus discuté

Le récit le plus directement mobilisé est attribué à Umm ʿAtiyya al-Anṣāriyya, rapporté par Abū Dāwūd (Sunan, n°5271) : une femme pratiquait la circoncision à Médine, et le prophète lui aurait dit :

« Ne coupe pas trop sévèrement, cela vaut mieux pour la femme. »

La chaîne de transmission pose pourtant un sérieux problème : elle passe par un certain Muḥammad b. Ḥassān, qu'Abū Dāwūd qualifie lui-même de majhūl (un transmetteur inconnu) avant de conclure explicitement que le hadith est faible. An-Nawawi et al-Azimabadi sont arrivés à la même conclusion.

Un point mérite pourtant d'être ajouté, souvent absent des résumés de ce dossier : contrairement à Abū Dāwūd lui-même, le savant contemporain Muhammad Nasiruddin al-Albani (la référence la plus citée en matière d'authentification des hadiths dans les courants se revendiquant du salafisme) a classé ce texte comme sahih (authentique), à l'encontre du jugement du compilateur original. Cette divergence explique en grande partie pourquoi ce hadith continue de circuler comme argument religieux dans certains milieux aujourd'hui.

« Une sunna pour les hommes, un honneur pour les femmes »

Un troisième hadith, plus direct en apparence, circule sous cette formule, attribuée à plusieurs Compagnons selon différentes chaînes. Mais chacune de ces chaînes pose problème : celle remontant à Shaddād b. Aws passe par un transmetteur jugé peu fiable ; celle attribuée à Ibn ʿAbbās est, selon al-Bayhaqi lui-même, mieux établie comme une opinion du Compagnon que comme une parole du prophète.

Sur ce texte précis, il existe une convergence rare entre spécialistes anciens et modernes pour le juger faible, y compris chez al-Albani, qui l'aurait classé da'if dans son recueil des hadiths faibles.

À retenir
  • Aucun verset du Coran ne mentionne l'excision.
  • Les hadiths les plus explicites sont jugés faibles par la majorité des spécialistes.
  • La pratique est antérieure à l'islam.

Une pratique antérieure à l'islam, absente du Coran

Les mutilations génitales féminines ne sont pas une invention de l'islam : des pratiques de ce type existaient dans des sociétés antérieures à sa prédication, notamment chez la tribu du prophète, les Banu Quraysh, et se sont maintenues dans des sociétés musulmanes, chrétiennes et non religieuses. C'est donc moins l'origine de la pratique que le processus de sa légitimation religieuse qui pose question.

Sur ce point, le Coran est sans ambiguïté : aucun verset n'y prescrit ni la circoncision masculine ni l'excision féminine. Un argument biographique revient d'ailleurs souvent chez les théologiens qui rejettent tout fondement religieux à l'excision : rien n'indique que le prophète ait fait exciser ses propres filles.

Ce qu'en disent les autorités musulmanes aujourd'hui

Dar al-Ifta al-Misriyya, l'organe égyptien chargé d'émettre les fatwas au sein d'al-Azhar, affirme depuis 2006 que l'excision féminine est une coutume culturelle sans fondement religieux, à interdire en raison des dommages médicaux qu'elle cause. L'institution a mis en cause la fiabilité des hadiths invoqués pour la justifier : une position qui a accompagné, en 2008, l'adoption d'une loi criminalisant la pratique en Égypte.

« Un mot n'est pas une prescription. »

L'histoire du mot khitān montre pourquoi le vocabulaire compte autant que les textes eux-mêmes. Que khitān désigne la circoncision masculine et, dans certains contextes, une pratique féminine, ne veut pas dire que les deux ont le même statut religieux — et qu'un hadith figure dans un recueil classique ne signifie pas que son propre compilateur le jugeait fiable.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Excision et islam

Les réponses aux questions les plus fréquentes sur ce débat religieux et textuel.

01

Le Coran parle-t-il d'excision ?

Non. Aucun verset ne prescrit ni la circoncision masculine, ni l'excision féminine. Les textes invoqués sont exclusivement des hadiths, dont l'authenticité est discutée.

02

Qu'est-ce que le khitān ?

C'est le mot arabe le plus courant pour désigner la circoncision, principalement masculine. Il a aussi pu être employé, de façon plus générique, pour des pratiques féminines, d'où une confusion avec le terme plus spécialisé de khifāḍ.

03

Le hadith d'Umm ʿAtiyya est-il authentique ?

Cela reste débattu. Abū Dāwūd, qui l'a recueilli, le juge lui-même faible, tout comme an-Nawawi et al-Azimabadi. Mais le savant contemporain al-Albani l'a classé comme authentique, ce qui explique sa persistance comme argument religieux.

04

L'excision est-elle antérieure à l'islam ?

Oui. Des pratiques de ce type existaient avant la prédication de l'islam, notamment chez la tribu du prophète, et se sont maintenues dans des sociétés non musulmanes.

05

Que dit Al-Azhar aujourd'hui ?

Dar al-Ifta, l'organe égyptien chargé des fatwas au sein d'Al-Azhar, affirme depuis 2006 que l'excision est une coutume culturelle sans fondement religieux, et doit être interdite en raison de ses conséquences médicales.

06

Pourquoi ce débat persiste-t-il ?

Parce que les autorités religieuses divergent sur l'authenticité des mêmes textes. Un hadith jugé faible par son propre compilateur peut être validé par un savant plus récent, ce qui maintient la controverse vivante dans certains courants. De plus, la pression culturelle peut être parfois forte, et relance chaque année les débats.