La blague raciste des Grosses Têtes qui a condamné Philippe Bouvard -
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Philippe Bouvard dans Les Grosses Têtes
Médias • Humour • Justice

La blague
des Grosses
Têtes qui a
conduit Bouvard
en justice

Affaire judiciaire
1994 — 1998

En décembre 1994, une plaisanterie diffusée dans Les Grosses Têtes provoque une polémique qui va rapidement dépasser le cadre de l'émission. La séquence, diffusée sur TF1, associe une personne musulmane à l'idée de vol. Quelques mois plus tard, Philippe Bouvard, Vincent Perrot et Patrick Le Lay se retrouvent devant la justice. En 1996, la cour d'appel de Paris les condamne pour provocation à la discrimination raciale.

L'affaire est particulièrement intéressante parce qu'elle pose, dès les années 1990, une question qui revient régulièrement dans le débat public : où s'arrête l'humour et où commence la discrimination ?

📻 À retenir :
Une séquence diffusée le 28 décembre 1994 dans Les Grosses Têtes est à l'origine d'une procédure judiciaire. La cour d'appel de Paris condamne en 1996 Philippe Bouvard, Vincent Perrot et Patrick Le Lay. La Cour de cassation rejette ensuite leur pourvoi en janvier 1998.

Que s'est-il passé dans Les Grosses Têtes en 1994 ?

À cette époque, Les Grosses Têtes est déjà une émission incontournable de la télévision et de la radio françaises. Animée par Philippe Bouvard, l'émission est connue pour ses jeux, ses devinettes et son humour souvent provocateur.

Le 28 décembre 1994, TF1 diffuse Les Grosses Têtes en fête, une émission spéciale enregistrée dans le cadre des programmes de fin d'année. L'INA indique que Philippe Bouvard, Vincent Perrot, Amanda Lear, Sim, Guy Montagné ou encore Philippe Castelli participent notamment à cette émission.

Au cours d'une série de devinettes consacrées aux super-héros, Vincent Perrot décrit successivement Batman, Spider-Man puis Superman. Les réponses reposent sur leur capacité à voler ou sur leurs caractéristiques particulières.

Une dernière devinette reprend alors le même principe, mais associe cette fois l'idée de voler dans des supermarchés à une personne musulmane.

C'est cette association qui va provoquer la réaction des associations antiracistes et conduire l'affaire devant les tribunaux.

La séquence en quelques mots
  • 28 décembre 1994 : diffusion de l'émission sur TF1.
  • Vincent Perrot : il raconte la série de devinettes.
  • La plaisanterie : l'appartenance à la religion musulmane est associée au vol.
  • La suite : une procédure judiciaire est engagée.

Pourquoi Philippe Bouvard est-il poursuivi ?

Philippe Bouvard n'est pas l'auteur de la plaisanterie. Il est pourtant poursuivi en raison de sa responsabilité dans l'émission.

Lors de la séquence, Bouvard réagit lui-même en soulignant le caractère problématique de la plaisanterie. Devant le tribunal, il explique avoir voulu apporter un « contrepoids » à la blague.

Mais un élément va peser lourd dans l'affaire : la séquence n'a pas été supprimée au montage.

Devant les juges, Philippe Bouvard défend alors la liberté de l'émission humoristique. Il présente la plaisanterie comme une « blague de potaches » et insiste sur le fait que Les Grosses Têtes est avant tout une émission de divertissement.

« On a le droit et parfois le devoir, au nom du comique, d'aller loin. »

Cette défense résume l'un des enjeux du procès : la liberté humoristique peut-elle justifier une plaisanterie qui associe un groupe de personnes à un comportement délictueux ?

Pourquoi le MRAP et la LICRA portent-ils plainte ?

La polémique ne reste pas limitée aux téléspectateurs ou aux médias. Le MRAP — Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples — et la LICRA — Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme — se constituent parties civiles.

La Ligue des droits de l'homme intervient également dans la procédure.

Pour les associations, le problème n'est pas simplement que la plaisanterie soit choquante ou de mauvais goût. Elles contestent surtout le mécanisme de la blague : une communauté est présentée comme étant associée à un comportement délictueux.

Lors du procès, l'avocat Christian Charrière-Bournazel résume cette critique en expliquant qu'il s'agit d'une plaisanterie qui assimile un groupe « à un vice, à un défaut, à un délit ».

Le débat dépasse donc largement la question du bon ou du mauvais goût.

Le problème soulevé par les parties civiles n'est pas seulement de savoir si la blague est drôle. Il est de savoir ce qu'elle fait dire à une communauté entière.

Que décide la justice ?

Le procès se déroule en septembre 1995 devant la 17e chambre correctionnelle de Paris. L'affaire concerne Philippe Bouvard et Vincent Perrot, ainsi que Patrick Le Lay, alors président de TF1.

L'enjeu juridique est alors de déterminer si la plaisanterie peut constituer une provocation à la discrimination raciale.

L'affaire est ensuite examinée en appel. Le 27 mars 1996, la 11e chambre de la cour d'appel de Paris condamne les trois hommes. Elle considère comme raciste la devinette établissant un parallèle entre les super-héros et les personnes musulmanes autour de l'idée de « voler ».

Les condamnations de 1996
  • Patrick Le Lay : 30 000 francs d'amende.
  • Philippe Bouvard : 20 000 francs d'amende.
  • Vincent Perrot : 10 000 francs d'amende.

Les trois condamnés se pourvoient alors en cassation.

Que dit la Cour de cassation ?

L'affaire ne s'arrête donc pas avec la décision de la cour d'appel.

Le 15 janvier 1998, la Cour de cassation rejette le pourvoi. Son arrêt reprend précisément les circonstances de la séquence diffusée en différé sur TF1 le 28 décembre 1994.

La haute juridiction rappelle que Vincent Perrot avait proposé une série de descriptions de super-héros avant d'utiliser le terme « musulman » pour désigner celui qui vole de supermarché en supermarché. Elle valide ainsi le raisonnement de la cour d'appel.

Juridiquement, l'affaire est donc importante : la plaisanterie n'est pas considérée comme une simple plaisanterie de mauvais goût. Les juges retiennent la portée discriminatoire de l'association opérée entre l'appartenance à une communauté et un comportement délictueux.

En 1998, la Cour de cassation confirme donc la condamnation prononcée en appel.

Peut-on rire de tout ?

C'est probablement la question que cette affaire évoque le plus spontanément aujourd'hui. Pourtant, le procès ne consiste pas à demander aux juges de décider si une blague est drôle.

Le droit français protège la liberté d'expression et la liberté de création humoristique, mais ces libertés connaissent des limites. Dans cette affaire, les juges se sont intéressés non pas seulement à l'intention humoristique des auteurs, mais au contenu et à la portée des propos.

Philippe Bouvard expliquait avoir lui-même signalé le caractère raciste de la plaisanterie. Mais pour la justice, ce commentaire ne suffisait pas à effacer le contenu de la séquence ni sa diffusion auprès d'un très large public.

Selon Le Monde, environ onze millions de téléspectateurs avaient regardé l'émission.

L'affaire montre ainsi que l'humour n'est pas juridiquement une zone sans règles. Une plaisanterie peut être volontairement provocatrice, mais elle peut aussi être examinée par la justice lorsqu'elle franchit certaines limites prévues par la loi.

À retenir
  • La séquence est diffusée sur TF1 le 28 décembre 1994.
  • Elle associe l'appartenance musulmane à l'idée de vol.
  • Le MRAP et la LICRA se constituent parties civiles.
  • La cour d'appel de Paris condamne Bouvard, Perrot et Le Lay le 27 mars 1996.
  • La Cour de cassation rejette leur pourvoi le 15 janvier 1998.

Pourquoi cette affaire reste-t-elle actuelle ?

L'affaire des Grosses Têtes remonte à plus de trente ans. Pourtant, le débat qu'elle a provoqué n'a rien perdu de son actualité.

Aujourd'hui, une séquence humoristique peut devenir virale en quelques minutes sur les réseaux sociaux. Les polémiques autour des blagues jugées racistes, sexistes ou discriminatoires se multiplient. Mais le débat juridique, lui, ne date pas d'Internet.

En 1994 déjà, une plaisanterie diffusée à la télévision pouvait faire l'objet d'une procédure judiciaire. Et en 1998, la Cour de cassation confirmait que l'humour ne suffit pas à écarter l'application du droit.

Cette affaire rappelle également une distinction essentielle : être choqué par une plaisanterie et considérer qu'une plaisanterie constitue juridiquement une discrimination ne sont pas exactement la même chose.

Ce sont précisément ces frontières entre liberté d'expression, humour et protection contre les discriminations qui ont fait de cette vieille affaire des Grosses Têtes un cas régulièrement cité dans les débats sur les limites de l'humour.

QUESTIONS FRÉQUENTES

L'affaire des Grosses Têtes

Ce qu'il faut savoir sur la polémique et la procédure judiciaire.

01

Quand la blague des Grosses Têtes a-t-elle été diffusée ?

La séquence a été diffusée sur TF1 le 28 décembre 1994, dans l'émission Les Grosses Têtes en fête.

02

Qui a raconté la blague ?

La plaisanterie a été racontée par Vincent Perrot au cours d'une série de devinettes consacrées aux super-héros.

03

Pourquoi Philippe Bouvard a-t-il été poursuivi ?

Philippe Bouvard était poursuivi en tant que responsable de l'émission. Il avait lui-même relevé le caractère raciste de la plaisanterie, mais la séquence n'avait pas été supprimée au montage.

04

Qui a porté l'affaire devant la justice ?

Le MRAP et la LICRA se sont constitués parties civiles. La Ligue des droits de l'homme est également intervenue dans la procédure.

05

Quelle a été la condamnation de Philippe Bouvard ?

Le 27 mars 1996, la cour d'appel de Paris l'a condamné à 20 000 francs d'amende. Vincent Perrot a été condamné à 10 000 francs et Patrick Le Lay à 30 000 francs. La Cour de cassation a rejeté leur pourvoi en janvier 1998.

06

Cette affaire concernait-elle la liberté d'expression ?

Oui, mais la justice n'a pas jugé l'humour en tant que tel. Elle a examiné la portée discriminatoire d'une plaisanterie associant l'appartenance à une communauté à un comportement délictueux.