Il n'existe ni école, ni candidature officielle pour devenir pape. Pourtant, depuis des siècles, un seul chemin semble y mener : le cardinalat. Une idée reçue à déconstruire, et une procédure bien plus précise qu'il n'y paraît.
Chaque fois qu'un pape meurt ou renonce à sa charge, la même question revient : qui peut lui succéder ? La réponse surprend souvent. Contrairement à une idée très répandue, il n'existe aucune obligation d'être cardinal pour devenir pape. En théorie, n'importe quel homme baptisé dans l'Église catholique, remplissant les conditions requises pour être évêque, pourrait être élu.
En pratique, cela fait plus de six siècles que ce cas de figure ne s'est pas produit. Mais entre la théorie du droit canonique et la réalité du conclave, il y a tout un monde à explorer : qui vote, comment, selon quelles règles, et que se passe-t-il vraiment derrière les portes closes de la chapelle Sixtine ?
Non. C'est l'idée reçue la plus tenace, et pourtant la plus fausse. Le droit canonique ne pose que trois conditions pour pouvoir être élu pape : être un homme, être baptisé dans l'Église catholique, et remplir les qualités requises pour devenir évêque. Rien, dans les textes, n'impose d'appartenir au Collège des cardinaux.
« Aucun texte canonique n'exige d'être cardinal pour devenir pape : ce n'est qu'une habitude devenue tradition. »
Ce qui relève de la théorie s'est simplement transformé en pratique constante. Depuis des siècles, les cardinaux se choisissent presque toujours l'un des leurs, tant ils sont les mieux placés pour connaître les candidats potentiels et l'état de l'Église. Mais rien, sur le plan juridique, ne les y oblige.
C'est le Collège des cardinaux qui élit le pape, réuni en conclave. Mais tous les cardinaux ne votent pas : seuls les cardinaux électeurs y sont autorisés, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas encore atteint 80 ans au moment où le Siège apostolique devient vacant. Cette limite d'âge a été fixée par Paul VI en 1970, afin de ne pas faire peser sur des cardinaux très âgés la responsabilité d'un tel choix.
Le nombre de cardinaux électeurs a longtemps été plafonné à 120, mais les papes successifs ont parfois dépassé ce seuil lors de la création de nouveaux cardinaux, portant leur nombre à plus de 130 lors des conclaves les plus récents.
Une fois réunis, les cardinaux électeurs entrent en procession dans la chapelle Sixtine, en chantant le Veni Creator. Chacun prête alors un serment solennel : respecter la constitution qui régit l'élection, garder un secret absolu sur les débats, et exercer fidèlement la charge de pape s'il venait à être élu.
Le conclave débute ensuite véritablement coupé du monde : aucun contact avec l'extérieur n'est autorisé, et les cardinaux logent à la Maison Sainte-Marthe entre les scrutins. Quatre tours de vote ont lieu chaque jour, deux le matin et deux l'après-midi, jusqu'à ce qu'un nom obtienne la majorité requise.
« Après chaque scrutin, les bulletins sont brûlés : fumée noire si aucun candidat n'a été élu, fumée blanche dès qu'un nom obtient la majorité des deux tiers. »
La règle en vigueur aujourd'hui est stricte : il faut recueillir la majorité des deux tiers des voix des cardinaux électeurs présents, et ce quel que soit le nombre de tours. Ce n'a pas toujours été le cas : en 1996, Jean-Paul II avait introduit la possibilité de basculer vers une majorité simple après un certain nombre de scrutins infructueux. Benoît XVI a supprimé cette clause en 2007, rétablissant l'obligation des deux tiers en toutes circonstances, une règle qui remonte en réalité au concile de Latran III, en 1179.
Oui, et l'histoire en offre un exemple concret. Le dernier pape élu sans être cardinal fut Urbain VI, en 1378 : il n'était alors qu'archevêque de Bari. Depuis, cela ne s'est jamais reproduit, mais la possibilité demeure ouverte sur le plan juridique. Rien n'empêcherait, en théorie, l'élection d'un simple prêtre, voire d'un laïc baptisé remplissant les conditions requises pour l'épiscopat.
Dès qu'un candidat obtient la majorité des deux tiers, le doyen du Collège des cardinaux lui pose une question rituelle : accepte-t-il son élection ? S'il répond oui, il devient immédiatement pape, avec pleine autorité sur l'Église. On lui demande alors sous quel nom il souhaite être appelé.
« Le nouveau pape peut, en théorie, refuser son élection : la charge est un poids qu'il est libre de décliner. »
Ce refus reste un scénario rare mais juridiquement possible, et il fascine autant les historiens que les canonistes : que se passerait-il si un homme, choisi par ses pairs, décidait malgré tout de dire non ? Le conclave reprendrait alors ses scrutins jusqu'à ce qu'un autre nom obtienne la majorité requise.
Aucune règle canonique n'impose de choisir un nom de pontificat : c'est une tradition, devenue quasi systématique depuis le Xe siècle. Ce nom est souvent un hommage à un prédécesseur ou à un saint patron, et il donne un premier indice sur les orientations que le nouveau pape souhaite incarner.
C'est un autre point souvent méconnu. Le canon 332 du droit canonique prévoit que si l'élu n'a pas encore reçu l'ordination épiscopale, il doit être ordonné évêque immédiatement après avoir accepté son élection. En tant qu'évêque de Rome, le pape ne peut en effet exercer sa charge sans ce sacrement.
Une fois le nouveau pape habillé et présenté, le cardinal protodiacre s'avance au balcon de la basilique Saint-Pierre pour prononcer la formule latine « Annuntio vobis gaudium magnum : habemus Papam » (« Je vous annonce une grande joie : nous avons un pape »), suivie du nom civil du nouvel élu et du nom qu'il a choisi pour son pontificat.
« Derrière l'apparente simplicité de la question « comment devient-on pape ? » se cache l'une des procédures électorales les plus anciennes et les plus codifiées du monde. »
Les réponses aux questions les plus fréquentes sur l'élection du souverain pontife.
Non. Aucun texte canonique ne l'impose : il suffit d'être un homme baptisé dans l'Église catholique et de remplir les conditions requises pour être évêque. C'est une tradition, pas une obligation juridique.
Le pape est élu par les cardinaux électeurs, c'est-à-dire les cardinaux âgés de moins de 80 ans au moment de la vacance du Siège apostolique, réunis en conclave dans la chapelle Sixtine.
La majorité des deux tiers des cardinaux électeurs présents, quel que soit le nombre de tours de scrutin. Cette règle, ancienne, a été rétablie sans exception par Benoît XVI en 2007.
Oui, c'est juridiquement possible. Le dernier cas remonte à 1378, avec l'élection d'Urbain VI, alors simple archevêque de Bari.
Oui. Une fois élu, le candidat est interrogé sur son acceptation. Il est libre de refuser, auquel cas le conclave poursuit ses scrutins.
Ce n'est pas une obligation canonique mais une tradition quasi systématique depuis le Xe siècle, souvent choisie en hommage à un prédécesseur ou à un saint.