Créée après les attentats de 2015 pour incarner un islam ancré dans les valeurs républicaines, la Fondation de l'Islam de France vient de perdre sa reconnaissance d'utilité publique. En cause : dix ans de promesses financières non tenues.
Un décret publié le jeudi 13 août 2026 au Journal officiel a mis fin à dix ans d'existence pour la Fondation de l'Islam de France (FIF). Créée dans le sillage des attentats de 2015 pour offrir à la France un islam « des Lumières », ancré dans les valeurs républicaines, cette instance laïque perd aujourd'hui son statut d'utilité publique. La raison est simple : faute de financements suffisants, elle n'était tout simplement plus en mesure de fonctionner.
Retour sur les origines de cette fondation, les raisons de sa chute et ce que cette décision révèle des difficultés persistantes à structurer et financer l'islam en France.
La Fondation de l'Islam de France voit le jour en 2016, reconnue d'utilité publique par un décret du 5 décembre de la même année. Elle est pensée comme une réponse institutionnelle aux attentats de 2015 : offrir à la France un outil laïc capable de faire mieux connaître l'islam, de soutenir la recherche universitaire sur le fait islamique et de renforcer la formation civile et civique des imams.
D'abord présidée par l'ancien ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement entre 2016 et 2018, elle passe ensuite sous la direction de l'islamologue et physicien Ghaleb Bencheikh, réélu à sa tête en 2021. Son statut d'utilité publique lui garantissait, sur le papier, une dotation minimale et la présence d'un représentant de l'État à son conseil d'administration.
« Une fondation pensée pour ancrer un islam de France dans les valeurs de la République et qui n'aura jamais reçu les moyens de sa mission. »
Sur le papier, la mission est ambitieuse : bourses de recherche pour doctorants et étudiants en islamologie, soutien à la formation laïque des cadres religieux, actions de sensibilisation du grand public. Dans les faits, la fondation n'a jamais disposé des ressources nécessaires pour la mener pleinement à bien.
La cause est avant tout financière. Selon les informations rapportées par l'AFP, les caisses de la fondation ne contenaient plus, ces derniers mois, qu'environ 40 000 euros, à peine de quoi couvrir un mois de fonctionnement. Une situation que son président, Ghaleb Bencheikh, avait pourtant anticipée : dès février 2024, il alertait déjà sur le risque de disparition pure et simple de l'institution.
Le statut d'utilité publique, obtenu en 2016, devait pourtant garantir à la fondation une dotation minimale ainsi qu'un accompagnement institutionnel. Mais les financements promis, notamment publics, ne se sont jamais matérialisés à la hauteur des ambitions initiales.
« La raréfaction, puis l'extinction des financements ont eu raison de sa destinée. »
C'est en ces termes que Ghaleb Bencheikh a résumé la situation auprès de l'AFP. Le président de la fondation pointe en particulier la promesse faite par Emmanuel Macron en octobre 2020, lors de son discours des Mureaux sur la lutte contre le séparatisme : une aide de 10 millions d'euros, censée soutenir les projets culturels, éducatifs et scientifiques de la fondation. Cette somme n'a, selon plusieurs témoignages concordants, jamais été intégralement versée.
Sur le plan juridique, le décret du 11 août 2026, publié au Journal officiel le 13 août, abroge purement et simplement celui du 5 décembre 2016 qui avait fait de la FIF un établissement reconnu d'utilité publique. Concrètement, la fondation perd les avantages associés à ce statut : garanties de dotation, présence de l'État à son conseil d'administration et une partie de sa légitimité institutionnelle.
Cette décision ne signifie pas nécessairement la disparition immédiate de la structure, mais elle fragilise durablement sa capacité à poursuivre ses missions dans les mêmes conditions.
Plusieurs figures du culte musulman en France ont réagi à l'annonce. Le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, a dénoncé ce qu'il considère comme l'échec d'une promesse républicaine, rappelant que l'État ne peut demander aux musulmans de France de bâtir des institutions solides et transparentes tout en laissant dépérir celles qui remplissent précisément ce rôle.
De son côté, Ghaleb Bencheikh n'a pas caché son amertume face à une décision qu'il juge être la conséquence directe d'un désengagement progressif de l'État, après des années d'alertes restées sans réponse suffisante.
Malgré la perte de son statut, Ghaleb Bencheikh a indiqué vouloir poursuivre le travail engagé par la fondation, quelle que soit la forme juridique qu'elle prendra à l'avenir. En cas de dissolution définitive, il envisage la création d'une nouvelle structure associative, reposant sur des critères différents de financement et de gouvernance.
« Au-delà de son statut, c'est toute la question du financement de l'islam de France qui reste, dix ans après, sans réponse durable. »
Cette affaire relance en tout cas un débat plus ancien : celui de la place et du financement des institutions religieuses musulmanes dans un cadre laïc, où l'État ne peut ni financer directement un culte, ni se désintéresser totalement des structures censées l'accompagner vers une meilleure intégration républicaine.
Les réponses aux questions les plus posées sur cette actualité.
Créée en 2016 dans le sillage des attentats de 2015, c'est une instance laïque destinée à mieux faire connaître l'islam en France et à soutenir la formation civile et civique des cadres religieux musulmans.
Un décret publié le 13 août 2026 au Journal officiel lui retire ce statut, faute de financements suffisants. La fondation ne disposait plus que d'environ 40 000 euros en caisse.
Annoncée en octobre 2020 lors du discours des Mureaux sur le séparatisme, cette aide n'a, selon la fondation, jamais été intégralement versée.
L'islamologue et physicien Ghaleb Bencheikh préside la fondation depuis 2018, après Jean-Pierre Chevènement (2016-2018).
Pas nécessairement. Ghaleb Bencheikh souhaite poursuivre les activités de la structure, y compris sous une nouvelle forme associative en cas de dissolution.
Elle met en lumière la difficulté persistante à financer durablement des structures censées accompagner un islam ancré dans les valeurs républicaines, dans un cadre laïc qui limite le financement direct des cultes par l'État.