Depuis quelques jours, Saint-Denis fait la une de l'actualité culturelle. En cause : l'élection de Stéphane Bern à la présidence de l'association « Suivez la Flèche », chargée de piloter la reconstruction de la flèche et de la tour nord de la basilique, nécropole des rois de France.
La France observe une hausse des températures mais sur les réseaux sociaux, ça s'enflamme. Nous assistons à une vague de haine islamophobe. En cause : l'élection de Stéphane Bern à la présidence de l'association « Suivez la Flèche », chargée de piloter la reconstruction de la flèche et de la tour nord de la basilique, nécropole des rois de France. Une élection contestée par le maire de la ville, Bally Bagayoko (LFI), qui dénonce une procédure « entachée de graves irrégularités » et affirme avoir été évincé d'un projet qui touche directement sa commune.
Sur le fond, le désaccord est d'ordre institutionnel : qui, de l'animateur spécialiste du patrimoine ou du maire élu en mars dernier, doit présider une association jusque-là toujours dirigée par le premier magistrat de la ville ? Stéphane Bern assure que le scrutin s'est déroulé dans les règles, avec l'appui du conseil juridique de l'association, et dit ne pas vouloir « alimenter de polémique ». Bally Bagayoko, lui, parle d'une « rupture sans précédent » et n'exclut pas un recours devant la justice administrative.
Mais très vite, ce différend sur la gouvernance d'un chantier patrimonial a servi de prétexte à autre chose. Sous les articles et sur les réseaux sociaux, des centaines de commentaires ont dérivé vers des attaques ouvertement racistes et islamophobes visant le maire. On y oppose complaisamment les « valeurs françaises », la « culture française » ou encore la « religion chrétienne » qu'incarnerait Stéphane Bern à un Bally Bagayoko renvoyé à ses origines et à sa religion supposée, sommé d'aller « s'occuper » de mosquées à l'étranger ou accusé de vouloir imposer des symboles religieux étrangers à la République.
Ce n'est pas la vigueur d'un débat politique légitime sur la gouvernance d'une association. C'est un maire, élu démocratiquement par les habitants de sa ville, renvoyé à la couleur de sa peau et à une religion qu'on lui prête, comme si cela disqualifiait sa légitimité à représenter sa commune sur un dossier patrimonial.
Ce type d'emballement n'est malheureusement pas isolé. Des élus locaux issus de la diversité, en particulier lorsqu'ils sont associés à la gauche ou à l'islam, font régulièrement l'objet de campagnes de dénigrement qui n'ont plus rien à voir avec le débat d'idées. La polémique patrimoniale de Saint-Denis n'a fait, ici, que fournir un nouveau prétexte à une mécanique de haine bien rodée, où des comptes anonymes et des figures plus identifiées s'organisent pour humilier et disqualifier un élu au faciès.
Que l'on soutienne Stéphane Bern ou Bally Bagayoko sur la question de la présidence de l'association, une chose ne devrait faire consensus : la légitimité d'un maire à occuper ses fonctions ne se discute pas au prisme de sa couleur de peau ou de sa religion supposée. Le débat sur l'avenir de la flèche de Saint-Denis mérite mieux que cela — et le maire de la ville mérite de ne pas être la cible d'une campagne de haine pour avoir simplement défendu ce qu'il estime être les intérêts de sa commune.